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30 novembre 2011

La fin des librairies ?

La dernière librairie de la petite ville proche de chez moi a fermé ses portes, ses locaux sont devenus une agence bancaire. Dans la ville de mon adolescence, où je suis passé récemment, j’ai constaté la disparition de la seule existante. Aujourd’hui, la mort d’une librairie devient monnaie courante, et pas uniquement dans les petites villes. Á Rome, la librairie Croce, lieu éminent du livre, a cessé ses activités, après 66 ans d’existence. La mortalité des librairies s’accroît de manière vertigineuse. L'augmentation de la TVA et la crise économique actuelle ne risque pas d'atténuer le phénomène.

Une interlocutrice me dit, croyant peut-être me rassurer, que l’hypermarché du secteur a développé des rayons livres. Pas de doute, les consommateurs (naïfs) sont bien domestiqués. Comme lorsqu’ils me font remarquer qu’on trouve à présent au supermarché des produits bios. Je doute que mes souvenirs de la fréquentation des librairies seront remplacés par ceux des rayons livres d’un supermarché, éclairés comme des boîtes de cassoulets ou des steaks hachés. Les usines à vendre sont des cavernes d’Ali Baba qui donnent beaucoup d’illusions et les font payer cher.

Parmi mes souvenirs, je me souviens de ma découverte d’une librairie parisienne. J’étais entré chez Galignani, espérant y trouver un volume du mystérieux B. Traven. J’avais discuté de cet auteur avec un jeune anglais, on avait parlé de la réception de l’écrivain mexicain en Grande-Bretagne et en France. C’était avant l’époque d’Internet, un temps où la recherche d’un livre devenait souvent une petite aventure. Quelques années plus tard, dans Á Rebours, le roman d’Huymans, j’ai lu le fameux chapitre dans lequel le personnage principal, des Esseintes, se rend dans cette librairie de la rue de Rivoli, sous les arcades, pour y chercher un guide Baedeker ou Murray de Londres.

En lisant ces pages, j’ai compris que la librairie Galignani avait peu changé en un siècle. Les bois vernis du magasin, qui lui donnaient un air ancien, british et classe, avaient probablement été vus par l’écrivain français à la fin du XIXe siècle. Je pourrais conter d’autres rencontres et discussions dans des librairies, à Paris, à Metz, à Lyon, ou ailleurs, et les rapprocher de la lecture de certains livres. Pas de guides de voyages – qui transforment certaines villes ou certains endroits en produits de consommation –, mais de récits, de romans, de poèmes. Les librairies, espaces qui ouvrent des horizons, sont de plus en plus menacées. On aimerait, au contraire, que de pareils endroits donnent encore plus d’air dans les villes, grandes ou petites.

© Alain Jean-André