Les anachroniques


Photographie, une nouvelle étape

Un poète surveillé

Sortir de l'exil

Échapper à Google

Un point terminal

De Zones à Zone

Rüdiger Fischer (1943-2013)

Où en est l'édition numérique ?

Mélancolies

La fin des librairies ?

Après Fukushima (3): zones (interdites)

Après Fukushima (2): relire Tanizaki

Après Fukushima (1): deux images

Le nuage des blogs

Esquisses phillipines, Bernard Giraudeau

Le texte et ses media

Marché et poésie

Livre numérique ?

Kerouac : le grand retournement

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Le livre, double hélice

Jean Vodaine à Metz

S'installer pour écrire

Revisiter les oeuvres

La Terre aux dix mille vallées

Le fantôme de Drako

L'anachronique d'Alain Jean-André


4 janvier 2012

Trois acteurs face au livre numérique

Les mouvements autour du livre numérique se poursuivent. L’an dernier, les éditeurs ont mené de grandes manoeuvres, des mesures législatives ont été prises, de grands groupes sont arrivés sur le terrain. Pendant la période des fêtes de fin d’année, l’industrie a visé la vente de 100000 liseuses. Mais des problèmes subissent. On se demande même si beaucoup de lecteurs vont se laisser embarquer. Une liseuse n’est pas un téléphone portable ou un lecteur MP3. Il est vrai qu’autour du livre numérique, on croise un grand nombre d’acteurs. Chacun d'eux l’aborde par un biais différent. Dans cet article, j’aimerais évoquer la situation de trois d’entre eux : le libraire, le lecteur, l’écrivain. Vous me direz : et l’éditeur ? Il sera temps d’y revenir plus tard, avec les autres acteurs.

Aujourd’hui, le libraire fait face à une situation difficile. Il doit subir la hausse de l’immobilier dans les villes. La crise économique, le passage de la TVA à 7% accentuent la fragilisation du secteur. On dit aussi que le nombre des lecteurs régresse (ce que je demande à vérifier), qu'ils achètent moins de livres (ce que j’admettrai plus volontiers). Mais on n’achète pas encore des livres numériques dans les librairies comme on fait le plein de sa voiture. Les librairies indépendantes pourront-elles s’adapter à la mutation en cours ? Ce n’est pas certain. Les librairies en ligne, lancées par de grands groupes, risquent de les laminer dans les années à venir.

Mais que pense vraiment le lecteur du livre numérique ? Tient-il à remplacer le livre papier par une liseuse ? Il n'est sans doute pas superflu de distinguer entre différents lecteurs et différentes lectures. La lecture d’un ado ou d’un étudiant qui jette un coup d’œil sur les informations n’est pas la même que celle d’un adulte qui lit un roman ou un essai. La lecture d’un enfant qui manie un livre papier avec textes et images n’a rien à voir avec celle d’une ménagère qui cherche une recette de cuisine. La tendance au zapping, aux dérives sur la Toile, à recevoir des avalanches d’informations est à l’opposé d’une lecture réflexive, crayon en main, sur un sujet qu’on souhaite approfondir. Ceci dit, on constate aujourd'hui que le lecteur passe constamment des livres papier aux textes sur écran. Il ne se pose pas de questions, il lit ce qui l’intéresse sur un support ou un autre.

Le livre numérique suscite aussi beaucoup d’intérêt du côté des écrivains. Les professionnels pensent contrats et revenus, les amateurs se mettent à rêver. On peut se demander si le livre numérique n’est pas devenu le nouveau mirage. Le rêve consiste à croire qu’on va être capable de s’éditer et se diffuser soi-même. On dit que certains l’auraient fait ; de plus avertis parlent de « la longue traîne ». De guerre lasse, quelques auteurs mettent gracieusement à disposition un ou plusieurs de leurs livres sur leur blog. Cette méthode leur permet au moins de trouver des lecteurs, en évitant les embûches du parcours du combattant. Loin d’être des perdants, ils sont peut-être des précurseurs qui ouvrent un nouveau chapitre de la vie culturelle.

On le voit, l'irruption du livre numérique ne présente pas les mêmes enjeux pour les différents acteurs.

© Alain Jean-André