Les anachroniques


Littérature, société, individu

Un poète surveillé

Sortir de l'exil

Échapper à Google

Un point terminal

De Zones à Zone

Rüdiger Fischer

Où en est l'édition numérique ?

Trois acteurs devant le livre numérique

Mélancolies

La fin des librairies ?

Après Fukushima (3): zones (interdites)

Après Fukushima (2): relire Tanizaki

Après Fukushima (1): deux images

Le nuage des blogs

Esquisses phillipines, Bernard Giraudeau

Le texte et ses media

Marché et poésie

Livre numérique ?

Kerouac : le grand retournement

Imaginer son lecteur

Le livre, double hélice

Jean Vodaine à Metz

S'installer pour écrire

Revisiter les oeuvres

La Terre aux dix mille vallées

Le fantôme de Drako

L'anachronique d'Alain Jean-André


22 Janvier 2015

Photographie, une nouvelle étape

Quand on voit le nombre de photos numériques que l'on prend aujourd'hui, on a du mal à les regarder toutes régulièrement, surtout lorsqu’elles restent sur une carte mémoire ou le disque dur d'un ordinateur. Celles qu'on consulte sont les photos les plus proches de soi, autrement dit celles qui se trouvent sur un smartphone. Il est devenu fréquent, dans les transports en commun ou lors d'un repas, de voir quelqu'un sortir son smartphone et montrer à son voisin ou sa voisine des photos récentes. C'est une manière pratique de mettre sous les yeux immédiatement la frimousse du petit dernier ou celle d'un cousin.

On retrouve dans ce geste l'immédiateté qui gagne de plus en plus nos activités quotidiennes. On n'écrit plus de lettres, on envoie des textos ou des messages ; on ne se déplace plus dans les magasins autant qu'hier, on commence par consulter Internet ; on n'attend plus que le journal arrive dans la boîte à lettres, on consulte la version numérique en ligne ; on n'effectue plus tous nos achats dans les magasins, on commande sur Internet, etc. Nous nous sommes habitués à cette manière rapide de faire les choses, mais on va si vite qu'on se demande si la photographie d'aujourd'hui permet d'enrichir vraiment la mémoire. C'est loin d'être sûr. Pour sortir du déferlement des images numériques, rien de tel que la bonne vieille impression sur papier.

On peut effectuer des tirages, comme on le faisait pour les images argentiques. Mieux. On peut commander des livres de photos qui réunissent des clichés du petit dernier de la famille ou des vacances à la mer ou chez la tante Adélaïde. Nombre de laboratoires proposent ce genre de service, on peut aussi s'adresser aux officines de supermarché. Les formules sont multiples, les tarifs également. Avec un livre de photos qui présente une personne ou un événement, on rassemble assez rapidement des images qui pourront marquer la mémoire. C’est nettement mieux que de ranger des photographies dans une boîte à chaussures.

On peut même aller plus loin, à condition d'y consacrer plus de temps et d'argent. Il est devenu possible de numériser d'anciennes photos, de les retoucher, de leur donner une seconde jeunesse, et de composer des livres sur une époque passée. Dans ce cas, on ne réalise pas seulement un livre de photos, on effectue un véritable travail de mémoire, on remonte dans le passé, motivé par le résultat final. Et les techniques d'aujourd'hui permettent de parvenir à un résultat tout à fait remarquable.

Dans ce cas, l'aspect fondamental c'est la réalisation de livres qui s'approchent de standards professionnels, mais dont la maquette est faite par un amateur. Ces possibilités démocratisent la production d'un bel objet. Autrefois, seules les personnes riches ou les privilégiés pouvaient prétendre à ce type de recueil ; aujourd'hui ce type de production est devenu accessible à beaucoup plus de monde. Il esquisse un renouvellement complet des modalités de fabrication, ce qui fait espérer à certains le dépassement de l'uniformité et une participation active à la réalisation d'objets personnels. Encore faudra-t-il dépasser le simple copier-coller, les copies de toutes sortes, le mimétisme, et ne pas trop rêver de décrocher le gros lot.

© Alain Jean-André