Michel Nadal plasticien matiériste

Résonances/dissonances

L'oeuvre de Michel Nadal « est difficile à analyser », indiquait dès 1976 le Dr Maulini. Elle est même, dans un premier temps, difficile à décrire. Multiforme, elle utilise des techniques différentes : monotypes, empreintes, inclusions, déchirures, collages, peinture. On pourrait allonger l'énumération.

Si, dans les années 70, il y eut rejet de la peinture/peinture, il y a, dans les années 90, retour à la peinture - mais en incorporant des techniques novatrices. On voit aussi apparaître, sur trois décennies, une sorte de cheminement.

Michel Nadal a compris que la photographie a pris la représentation. Son regard s'est alors tourné vers les choses, il est sensible à leur matérialité : il les a utilisées telles quelles, ou pliées, modelées, chiffonnées, déchirées pour construire un objet d'art. L'intention, moderne, était claire : on peut réaliser une oeuvre à partir d'une page de journal, de morceaux de bois, de papier trituré, etc.

Quand on regarde les résultats de cette pratique, ce qui surprend le plus, c'est le dialogue avec ce qu'il appelle la matière. On peut se demander si on ne trouve pas chez ce matiériste l'expression d'une profonde rêverie, comme disait Bachelard ; mais on y voit aussi une solide connaissance des leçons classiques, dans l'art de la composition notamment.

Avec la période récente, le format s'agrandit, la peinture s'affirme dans un geste ample, vigoureux. Dans ces oeuvres fortes, Michel Nadal ne craint pas, avec une rayure par exemple, d'échapper au formalisme. Il est passé de la matière au signe, de la fascination à l'expression mature. Une façon d'indiquer, en somme, qu'il est sorti vainqueur de son combat avec l'ange.

Alain Jean-André
Catalogue de l'exposition de Luxeuil-les-Bains, octobre 1998.

Michel Nadal, Incandescence

Michel Nadal, La Péniche Bleue, 1992

Michel Nadal, Orage Sur Quiberon