Dissonances, dissonances

Dissonances, Le 19, Centre Régional d'Art Contemporain, 19 avenue des Alliés 25200 Montbéliard (Tél : 03 81 94  43 58), jusqu'au 28 janvier 2001.

par Alain Jean-André

Le 19, à Montbéliard, propose depuis décembre dernier une nouvelle exposition : dissonances. On a voulu cette fois décalage, incongruité, contraste. Neuf artistes, deux continents, de multiples supports (peinture, sculpture, installation), pour une belle réussite.

Le travail d'Angel n'est pas inconnu à l'aire urbaine, les peintures de Jean René Hissard et de Gilles Traquini méditent sur la peinture. Rosanna Fuertes,artiste qui vit à Buenos Aires, travaille sur un mythe mais aussi un « fabuleux marché » avec ses ballons de football. Antoinette Ohannessian va plus loin : ses phrases ironiques, répétées sur des cartons, font apparaître l'écart entre énoncé et signification : drôle, comique, cela devient dévastateur.

Dévastateurs encore les paysages de Richard Müller. En principe un motif bien sage, un paysage de montagnes suisses tel qu'on peut en voir sur des tablettes de chocolat. Mais la dérision perce dans une phrase imprimée sur le ciel bleu (« Le fonds vous donne une tranquillité au cas où des événements politiques vous feraient perdre vos moyens d'existence à l'étranger »)

Ce ton se prolonge sur un autre registre avec les toiles austères de José Angel Toirac. On y voit un Fidel Castro sanctifié, en fait la déstructuration d'images qui conduisent au culte de la personnalité à Cuba. Quant à Jorge Rodriguez-Aguillar (colombien qui vit à Rio de Janeiro), il présente une installation d'une grande force. Elle figure une « tienda » (sorte de petite épicerie improvisée) typique des banlieues pauvres de Bogota. Les armes y sont exposées comme de simples articles de consommation. Une musique met une ambiance sud-américaine. Manière satirique d'évoquer la violence.

Pour finir, une inquiétante installation de Bernard Lallemand nous plonge dans une problématique contemporaine : celle du corps, lieu d'expérimentation. Trois corps apparaissent et disparaissent, au rythme d'une musique syncopée. On s'éloigne. On marche dans la rue alors que la nuit tombe. Après des expositions plus ou moins réussies, on se dit qu'on vient de voir quelque chose d'exceptionnel.


© Chroniques de la luxiotte.
(Mis en ligne le 4 janvier 2001)


Liens :
       Lire la chronique sur une exposition de Gilles Traquini (2004)
       Lire la chronique sur une exposition d'Angel (1998)