Osarios, chambre de l'éphémère

Osarios, Daniel Canogar, Espace d'Art Contemporain André Malraux, 4 rue Rapp, 68 000 Colmar, France (tél : 03 89 20 67 59), jusqu'au 12 janvier 2002

par Alain Jean-André

Le visiteur qui se glisse entre les deux rideaux noirs pénètre dans une salle obscure. Sur les quatre murs, des projections de photographies d'ossements – crânes, tibias, humérus – : une vision de catacombes. Etrange spectacle qui associe l'obscurité et la lumière, images de mort et magie des projections. En fait, le visiteur vient d'entrer à l'intérieur d'une œuvre de Daniel Canogar, un artiste madrilène qui utilise des moyens techniques récents pour plonger le spectateur dans un thème traditionnel, voire une thématique plus complexe.

Cette immersion dans un espace photographique met face à ce qui reste des êtres humains après la mort. On ne sait pas où les photographies ont été prises. Lors de précédentes expositions, l'artiste a présenté des aspects fantomatiques, troublants de parties du corps, des membres déformés, des mains qui se mêlent, se surajoutent. Autrement dit, des photographies éloignées d'une banale représentation : la déformation, la multiplication, la superposition produisent des images intrigantes ou dérangeantes. Cette fois, son installation met au contact de représentations anciennes, immémoriales. On peut y voir le thème des Vanités qui traversa pendant des siècles la peinture occidentale. Mais, avec l'utilisation de fibres optiques rassemblées en bouquet au milieu de la salle, Daniel Canogar projette sur les murs des vues qui peuvent disparaître avec une panne de courant. Si les ossements témoignent de la vie éphémère de l'être humain, le dispositif indique à la fois la magie et la fragilité des techniques modernes.

A la mezzanine, une série de photographies traitées à la manière de la peinture montrent des ossements de petites tailles sur un fond noir mat. On retrouve une technique et une posture traditionnelle : le spectateur se trouve dans un espace éclairé, face à une toile, sujet devant l'objet (d'art). On peut s'interroger sur ces deux modes de présentation. D'un côté, le face-à-face de l'amateur et de la toile ; de l'autre, l'œuvre qui glisse vers le spectacle, un spectacle dans lequel le visiteur devient acteur, la salle obscure scène de théâtre, le corps vivant, sensible, au cœur battant, conscience devant l'immobilité minérale des os.

Avec cette mise en scène d'une très grande sobriété, le visiteur touche un peu aux mystères antiques. La réussite vient du dispositif technique qui réactive un thème traditionnel. Dans cet espace, le spectateur retrouve plutôt l'atmosphère des cimetières souterrains que celle de la salle obscure d'un cinéma de quartier : pas de mouvements, des images fixes, qui rappellent l'ossuaire d'une crypte antique ou médiévale. On se rend compte que l'installation de Daniel Canogar, qui s'inscrit dans l'histoire de l'art, montre le pouvoir des images, la métamorphose de leur mode de production, et touche aux thèmes du temps et de l'éphémère.


© Chroniques de la luxiotte.
(Mis en ligne le 7 décembre 2001)