Couleurs, (dé)constructions

Abstractions dé/des constructions, CRAC Alsace, 18 rue du château- F-68 130 Altkirch (tél : 03 89 08 82 59), jusqu'au 16 juin 2002.

par Alain Jean-André

La nouvelle exposition du CRAC Alsace, à Altkirch. propose cette fois les travaux de cinq plasticiens. Des tempéraments, des techniques différentes ; mais des préoccupations communes. Dans les objets plastiques présentés, la couleur  joue un rôle prédominant – mais aussi la façon de la mettre en valeur, de l'inscrire dans un espace.

Claude Gagean réalise des compositions avec beaucoup de matière. Il tient à un cadre qui rappelle le tableau, en grand ou petit format. Le bleu est omniprésent – on pense à Yves Klein – ; le thème de la mer domine --mais surtout un mode de construction binaire, qui utilise parfois des inclusions de coquillages. Cela donne une atmosphère à la fois sensuelle et secrète. La série Invention de Facundus de Bernard Metzger mêle règles précises de composition et variations de bandes colorées : on saisit vite la méthode de construction mise en oeuvre ; on entre dans quelque chose de sériel, d'ornemental, voire d'architectural, qui produit un rythme.

Avec les trois autres plasticiens, le mur fait partie intégrante de l'oeuvre. Catherine Gangloff y assemble, y rassemble des pièces colorés, sur un mur blanc ou dans un angle : elle compose avec des fragments, produit des dissonances, laisse respirer les taches colorées. Godwin Hoffmann, lui, travaille avec des règles strictes de composition : ses diptyques carrés, dans lesquels s'inscrit un triangle par la rencontre de trois bandes, sont assemblés sur le principe du nombre d'or. Rigueur donc, qui n'exclut pas, avec les traces de brosse et les coulures, les marques du geste pictural.

Quant à Michel Dejean, ses Propositions ne cherchent pas à imposer une forme achevée au spectateur : ses séries de courbes irrégulières, suspendues, colorées, mobiles, séduisent – sans doute plus que les barres horizontales avec des rectangles de plexiglas. Le principe est le même : le plasticien laisse une certaine liberté de construction ; mais, dans le premier cas, la présence plastique me semble plus forte : ces courbes irrégulières, mutines, invitent à une sorte de jeu, à un renouvellement perpétuel. Le contraire d'un monde figé.

Une exposition qui manifeste encore une fois la vitalité et la créativité d'artistes contemporains en Alsace.


© Chroniques de la luxiotte.
(Mis en ligne le 12 mai 2002)