A la conquête de l'espace

Ecoles d'Art, CRAC Alsace, 18 rue du château - F-68 130 Altkirch (tél : 03 89 08 82 59), jusqu'au 3 mars 2002.

par Alain Jean-André

Le CRAC Alsace offre de nouveau à des étudiants l'occasion de présenter leurs travaux au public. Cette fois, il s'agit de ceux de l'Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg et du Quai, Ecole Supérieure d'Art de Mulhouse. Au total 24 artistes qui disposent pendant cinq semaines des grandes salles sur deux niveaux du centre d'art d'Altkirch. En parcourant l'exposition, on constate tout de suite que les installations, simples ou mixtes, dominent. On assiste à une véritable conquête de l'espace.

Le spectateur peut entrer dans Le Salon de Martin et Chloé de Céline Bauquier et écouter de courts dialogues gentiment satiriques. Sans titre de Cécile Holweck n'est pas sans charme : une table, une chaise, un radiateur, un mur blancs sur lesquels sont peintes les petites fleurs bleues de la vaisselle de porcelaine. Un monde, une sensibilité féminine. Avec Scanner de Delphine Garin, installation gonflable volumineuse, on passe du poétique à l'hôpital, de l'aérien au médical. Un tout autre registre. Et, quand les réveils de Sun-Il Park, dans Le temps passe, le temps s'arrête, retentissent, on bascule – paraît-il – de la durée à l'instant.

En composition mixte, difficile de ne pas remarquer Poussière de Philippe Charmes : un mur entier recouvert d'une couche de matière pastel grise qui s'écaille – déjà la poussière, encore le thème du temps – et, sur le plancher, une sphère de pastel ; ou Calligramme de Sébastien Szczyrk (performance avec Hélène Tisserand pour le vernissage) une haute construction avec des échelles d'escalade, des parapluies en tôle, une bassine, un arrosoir, objets qui font écho au poème d'Apollinaire : « il pleut ». En entrant dans une salle, rencontre d'Adrien Lamm accroupi en train de construire Le mur blanc de Sacha Duchesnes, un mur bâti avec des morceaux de sucre ! A-t-il atteint, au moment où j'écris ces lignes, les un mètre cinquante ?

Cette exposition propose également des vidéos intéressantes. Jacquot d'Anne Lallemand, portrait de Jacques Bonnefoy, proche du documentaire, prend le parti pris du plan fixe pour mettre en relief les paroles simples, le langage truculent d'un récit de vie. Cimetière juif de Delphine Guitard, documentaire expérimental, présente des images du cimetière juif d'Hegenheim accompagnées d'un montage de sons et de discours de la deuxième guerre mondiale : une atmosphère dramatique, une belle réussite. Au total, 5 étudiants présentent des vidéos.

Reste ce qui se pend aux murs : peintures de Cécile Roussel et d'Adrien Jutard, photographies de Carlo Andréasi, grandes affiches détournées de Jamel Beribeche, ou séries des Petites voyances de Pauline Chabolle. Souvent les artistes quittent les deux dimensions pour entrer dans la troisième : on assiste à une vraie conquête de l'espace, avec des travaux modestes mais significatifs. Et le lieu d'exposition peut dépasser le centre d'art. « Je vais aller poser un sucre sur les tombes du cimetière d'en face », nous dit Adrien Lamm.


© Chroniques de la luxiotte.
(Mis en ligne le 15 février 2002)