Eric Snell : sous le signe du Phénix

De la réalité à l'abstraction, Eric Snell, Le 19, Centre Régional d'Art Contemporain, 25 200 Montbéliard (tél : 03 81 94 43 58),
jusqu'au 10 février 2002.

par Alain Jean-André

Un titre, plutôt sec, théorique pour un travail concret, riche de significations. Ne met-il pas en jeu ce que Bachelard appelle l'imagination matérielle? Comment donner une autre présence aux objets ? Le peintre, le graphiste peuvent représenter, et Eric Snell le fait avec la précision graphique d'une grande tradition (Phoenix Plate ) ou en créant des textures d'un grand magnétisme (Phoenix Bowl). Mais ses crayons, ses pinceaux sont des morceaux de bois brûlé, et les titres mettent sur une piste féconde : il est question de feu, de (re)naissance.

Une métamorphose donc, développée dans les installations (Burnt Wood Wall Drawnings).  Une vidéo le montre très bien : l'artiste projette l'ombre d'une table ou d'une chaise sur un mur blanc, puis il brûle l'objet, ou une partie de celui-ci ; ensuite, il dessine l'ombre avec le bois brûlé. La trace est le dessin d'une ombre. Le résultat donne une présence hallucinante à l'objet de départ, retourné (comme chez Baselitz). On fait face à un signe emblématique de grande taille, ce qui n'exclut pas l'humour (Chair guarding it's own shadow).

J'ai vu dans ce travail la reprise du geste, la construction de traces, par la convocation du feu. On touche au primordial, par le feu, le bois brûlé, le geste sur le mur ; on rejoint une tradition du dessin, on atteint une pratique épurée ; mais aussi, on se situe dans la modernité de l'éphémère, de la trace qui s'efface, au contraire de l'empreinte ou du tableau. L'artiste britannique produit de saisissantes variations sur le thème du passage.


© Chroniques de la luxiotte.
(Mis en ligne le 27 janvier 2002)


Lien :

       Des informations sur Eric Snell (en anglais)