Du fil de laine au fil des mots

Olga Boldyreff, Le jardin de Bellevue, Centre d'Art Contemporain Faux Mouvement, 4 rue du Change, 57000 Metz (tél : 03 87 37 38 29), jusqu'au 31 août 2002.

par Alain Jean-André

On a une curieuse impression en entrant dans cette exposition. On se demande si on n'est pas en train de s'introduire dans un « intérieur » féminin, de s'immiscer dans on ne sait quel roman personnel. Pourtant, en regardant mieux les objets rassemblés, la pensée s'oriente sur une autre voie : dessins, petits livres, photos de mains, wall drawings attestent d'une forte activité tournée vers l'« extérieur ». On sent l'action de la main, d'abord avec le dessin, ensuite -plus singulier- avec le tricotin (construction d'un cordon de laine en utilisant une bobine et une pointe). Les dessins viennent de la main d'Olga Boldyreff ; les cordons sortent des mains de personnes rencontrées lors de -performances au tricotin-conversation- et servent à composer de grands wall drawings sur les murs (on revient ainsi au dessin).

Tricotin-conversation, nous dit-on (oublions le mot performance) : on constate que l'on fabrique une cordelette, mais aussi le fil d'un dialogue, autrement dit on construit un échange. Passage à une activité sociale. Et, en élargissant le cercle des échanges par l'écriture, Olga Boldyreff construit également des livres (d'artistes) intitulés « conversation ». L'activité orale devient écrite, elle s'inscrit dans une autre temporalité. Et, de conversation, sans doute faut-il retenir l'idée d'échanges d'une manière spontanée, immédiate, donc éloignés de la rhétorique et des artifices du discours.

Après sa mise en place en d'autres villes ou villages, cette activité s'est déployée avec la discrétion de ses moyens dans un quartier de Metz. On peut y voir une part d'aventure, d'exploration de lieux (urbains) et de découvertes de personnes, donc d'ouverture à l'autre. L'attestent alors dessins et photos de mains, artefacts de ses traversées de la prose des jours. On peut aussi être sensible à une grande adéquation entre une sensibilité et des techniques minimales employées, et peut-être même percevoir une manière de conjurer, de pacifier la part d'inconnu que l'on peut rencontrer à sa porte.

Alain Jean-André
© Chroniques de la luxiotte.
(Mis en ligne le 14 juillet 2002)


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