Continu-discontinu, Nicolas Weber

Continu-discontinu, Nicolas Weber, galerie ZOO, 19 rue Thiergarten à Strasbourg, jusqu'au 15 octobre 2002.

Françoise Urban-Menninger

Nicolas Weber. photo Claude Menninger.

Nicolas Weber qui fait partie du groupe d'artistes « A l'aube des mouches » a peint tout l'été dans son atelier d'Oberhausbergen. Dans les toiles récentes qu'il nous propose de découvrir dans cette nouvelle exposition, nous retrouvons le thème des « paysages intérieurs » qu'il affectionne. « Nuit d'orage » ou « L'or du soir » interprètent à merveille le jeu du clair-obscur où l'ombre et la lumière s'interpénètrent dans une danse nuptiale nimbée de grâce et de poésie. Chaque paysage, à l'instar d'un tableau de Turner, libère des fragments de cette clarté tout intérieure que le peintre s'efforce de puiser au plus intime de lui-même. Car Nicolas Weber est un peintre qui « cherche » au sens le plus noble du terme et qui « se cherche ».Voilà pourquoi l'artiste explore de nouvelles manières de peindre et s'essaie à d'autres techniques. On comprend alors le titre sous lequel il regroupe ses derniers travaux « continu-discontinu ». Cette continuité dont est tissée l'âme du peintre lui-même s'incarne dans les corps nus dont le modelé et les courbes nous renvoient à la brume de ses paysages. Pour peindre ces corps, Nicolas Weber a renoué avec des techniques anciennes. Il a fait poser ses modèles pour prendre des croquis, puis « l'imagination », comme il se plaît à le souligner, a fait le reste

Le corps féminin nu et tendu comme un arc s'offre tout entier désirant et désiré sur la toile qui s'illumine et devient offrande charnelle. Inspiré par le dix-septième siècle et les peintres espagnols ou hollandais comme Rembrandt, Nicolas Weber nous présente dans le même temps « La flagellation du Christ » et un « Cadavre » dont l'esthétique très aboutie nous fascine et nous interpelle tout à la fois.

Nicolas Weber : roses. Photo Claude Menninger

Dans le jardin qui entoure son atelier, Nicolas Weber a cueilli de superbes roses rouges qui ont envahi cinq de ses toiles. Tel un insecte, l'artiste, usant de l'optique macro d'un appareil photographique, est allé au plus profond de la fleur. Parti d'un pétale de velours ourlé, en passant par la chair vive et palpitante, il a pénétré au coeur de la plante odorante, dépassant la rose proprement dite pour s'insinuer, dit-il, « dans le monde de la couleur pure ». Le rêve inconscient d'un peintre n'est-il pas de se confondre à la lumière de sa toile ?

La couleur rouge, symbole du désir, déployée dans une gamme infinie, nous renvoie à ce monde utérin où tout a commencé. Cet univers s'apparente à cette nuit des temps que nous appréhendions déjà dans les paysages de Nicolas Weber. Ainsi cette recherche sur soi se confond-t-elle avec la quête des origines. Elle passe indubitablement par le chemin de la couleur qui mène à l'essentiel et où sont posés comme des pierres, des fragments de lumière qui nous éclairent. La mort incarnée dans le cadavre peint par Nicolas Weber nous donne l'autre versant de cette rose épanouie qui se nourrit de notre nuit pour mieux exhaler sa fragrance. « La bouche d'ombre » dans Les contemplations de Victor Hugo ne nous annonçait-elle pas que « les monstres vont s'azurer » et que « la clarté montera dans tout comme une sève  »?

Photos Claude Menninger

© Chroniques de la luxiotte.
(Mis en ligne le 2 octobre 2002 )