L'architecture démasquée

Triades, Philippe Cognée, Galerie Daniel Templon, 30 rue Beaubourg, Paris (4°), jusqu'au 25 juillet 2003.

par Alain Jean-André

Philippe Cognée utilise une peinture à l'encaustique faite de cire d'abeille et de pigments de couleur, qu'il dispose sur la toile. Ensuite, il recouvre cette application par un film plastique sur lequel un fer à repasser, qui chauffe et liquéfie la cire, enfouit le sujet dans la matière. Décollé, le film plastique produira des effets d'arrachage, et l'image semblera prise dans une surface glacée : d'où l'impression de flou, de trouble, de rupture avec une réalité nette.

Depuis de nombreuses années, Philippe Cognée s'intéresse à l'architecture, sans rendre visibles les traces humaines : barres d'immeubles, ponts d'échangeurs d'autoroutes, bâtiments sans grâce des périphéries des villes, etc. Des toiles qui partent de sujets urbains tout à fait courants, mais qui créent un effet d'étrangeté. Les représentations habituelles (photos, vidéo) de ce monde des villes, des échangeurs et des trains sont bousculées par la technique employée. De ce fait, Philippe Cognée perturbe notre manière habituelle de voir.

Les grandes toiles que le spectateur peut découvrir cette fois-ci tournent autour de la notion « d'architecture de pouvoir ».Points de départ : le musée Guggenheim de Bilbao, la banque HSBC de Hong Kong, le Centre George Pompidou et la Basilique Saint -Pierre de Rome. Les toiles utilisent la même technique, mais aussi des images par rectangles décalés. Résultat : on a l'impression de faire face à des constructions qui s'effondrent, à des enchevêtrements de tubulures, à des décors de carton pâte. Une véritable démolition de la façade, en somme, d'autant plus féroce dans les triptyques. Et, en passant d'une toile à une autre, on se dit que Philippe Cognée passe, sans prévenir, de l'étrangeté à un véritable jeu de massacre.

© Chroniques de la Luxiotte
(27 juin 2003)



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