Le pouvoir des images

...comme une image, Collection Rafael Tous, Crac Alsace, 18 rue du château, 68130 Altkirch ((tél : +33 3 89 088 259) jusqu'au 24 aoüt 2003.

par Alain Jean-André

Il est rare d'avoir pour guide le collectionneur qui a rassemblé pendant des années des oeuvres fortes. Ce fut le cas le jour de l'ouverture de ...comme une image, exposition du Crac Alsace d'Altkirch qui présente une exceptionnelle sélection de photographies appartenant à Rafael Tous. Ce mécène résidant à Barcelone est à l'origine d'un lieu unique, le Metronom, qui programme des expositions sur la photographie, l'installation multimédia, la vidéo et s'ouvre à la musique et à la danse. Ce jour-là, il expliqua avec une grande simplicité au public pourquoi il avait été sensible à certaines oeuvres. Des remarques éclairantes de celui qui a indiqué, en réponse à une question sur son rôle de collectionneur, qu'il se considérait comme « un second voyeur».

L'exposition propose des photographies d'artistes importants et fait la part belle à d'autres d'origine espagnole. La force de ces images provient de ressorts très variés : monde artificiel, fantasmes, quotidien conflictuel ou banal, masques, etc. Les « Los Angeles Portraits » de Roland Fischer, portraits de femmes de la jet set de Hollywood, maquillées et plongées dans l'eau de leur piscine, montrent un monde artificiel et sans sourire, à l'opposé des tranches de vie de Tacita Dean. Les images marquées par la violence de Francesc Abad ou de Txomin Badiola s'opposent à l'atmosphère calme, qui rappelle le savoir faire de Vermeer, d'Anna Malagrida, ou à la présence des sujets d'Alberto Garcia-Alix.

Andrés Serrano avec « Femal bust » crée un objet assez mystérieux,  Francesc Torres livre une analyse critique de la médiatisation du quotidien et Alberto Peral montre sa façon de voir des masques, manière qui renvoie à la théâtralité des compositions de Tracey Moffat ou aux mises en scène d'Ana Busto. Noritoshi Hirakawa joue de sa séduction auprès des femmes et avec ses fantasmes, Paul Blanca donne une très forte image d'une femme qui pleure ; quant à Cindy Sherman, dont on connaît l'obsession de l'autoportrait, elle apparaît avec une photographie étrange, qui utilise une mise en scène. On comprend en voyant cette exposition que Rafael Tous, passionné par les images, considère que par les yeux on éprouve des émotions fortes.


© Chroniques de la luxiotte.
(Mis en ligne le 27 juin 2003)


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