Photographies d'Eric Poitevin

Photographies, Eric Poitevin, Frac Franche-Comté-Musée des Beaux-Arts, 85 rue des Arènes 39100 Dôle (tél : 03 84 79 25 86) jusqu'au 21 septembre 2003.

par Alain Jean-André

L'exposition d'Eric Poitevin à Dôle présente un grand tour d'horizon du travail de cet artiste qui déclare être d'abord un photographe. Les amateurs de l'est de la France se souvenaient de ses photographies exposées aux Musées de la Cour d'or de Metz ; cet été, ils peuvent apprécier un éventail plus large d'images -- des sujets variés (portraits, paysages, natures mortes), patiemment approchés, pour donner des photographies d'une grande présence.

On est tout de suite en face de grandes photographies qui représentent le milieu naturel (paysages de sous-bois, mares, animaux, arbres). On sait qu'Eric Poitevin continue de vivre et de travailler à quelques kilomètres du lieu de sa naissance, dans la Meuse. Avec des chambres noires, il produit des images qui donnent à un lieu (un sous-bois), à un objet (un nid), à un animal (un chevreuil) une rare présence. La réussite vient d'une patiente démarche qui tient compte de la lumière -- cela peut demander des mois -- et utilise des dispositifs de prises de vue ingénieux. Il photographie une vache ou un cheval comme on photographie un homme ou une femme dans un studio ; mais son studio à lui, c'est une ancienne étable.

Côté portraits, on peut voir une grande partie de deux séries de ses débuts : les anciens combattants de la guerre 14-18 (1985) et une fanfare. Les Portraits de vignerons d'Arbois (1990), en noir et blanc, composent une galerie remarquable, alors que les portraits récents, en couleurs, d'une jeune fille conduisent, à l'étage, à un rappel de l'Origine du monde de Courbet. On peut y voir un hommage du photographe au peintre. Avec ces changements de thèmes, de la guerre au travail, de la femme et au nu, on voit combien Éric Poitevin aime détacher le motif sur un fond noir, l'isoler de son contexte, accentuer sa présence. Sa série de photographies de crânes vus par l'arrière (1994) dénote la même volonté.

Avec lui, on sent combien la recherche du bon moment et de la lumière adaptée implique un rapport particulier au temps et au temps qu'il fait -- ou qu'il faut. À l'inverse de photographies du monde urbain, ses images, dénuées d'anecdotes, de romantisme, peut-être de nostalgie (travers courants de représentations de la « nature »), donnent à voir avec un grand classicisme du cadrage -- remis en cause, tout de même, dans une série comme celle des arrières trains de chevaux (1999-2000) -- une vision très subjective du monde : celle qu'il attend dans les matins de brume, qu'il atteint devant des marécages (permanence de l'enfance ?) ; celle qu'il construit patiemment, en dosant la lumière et en maîtrisant les contrastes. Du grand art.

© Chroniques de la Luxiotte
(12 juiller 2003)