Ambiguïté des limites

Unheimlich, Centre d'art contemporain La Synagogue 57590 Delme (tél : (33) 03 87 01 35 61) jusqu'au 28 septembre 2003.

Unheimlich est un terme utilisé par Freud pour désigner le sentiment d'étrangeté : une scène ou un objet familier deviendrait, d'un seul coup et sans rien changer à sa nature, complètement étranger. On ne serait plus dans les catégories d'un monde avec des limites, des distinctions basées sur l'opposition, mais dans un univers plus mobile, plus perméable. Tel est l'argument de base de l'exposition de cet été au Centre d'art contemporain La Synagogue de Delme illustré par les oeuvres de sept artistes.

Dike Blair est présent avec trois gouaches. Ces images qui représentent une cabine de douche, une porte, des vitres (avec un cadrage inhabituel) ont été réalisées avec une remarquable précision à partir de photographies ; il est clair que le motif importe peu : ce qui compte, c'est l'atmosphère suggérée, à la fois impersonnelle, froide et familière. Véronique Joumard, elle, propose une série de miroirs disposés de manière irrégulière et flous à certains endroits : ils permettent un jeu avec les reflets de la salle et des spectateurs, une restitution du réel qui n'en donne pas une image inversée, mais une présence plus légère. Avec Marcel Dinahet, l'image devient mobile : il construit des vidéos qui s'attachent aux zones de contact entre terre et mer : il y a là un intérêt évident pour les mondes intermédiaires et le souci d'échapper, par le mouvement, à tout enfermement.

Didier Marcel dresse sur des miroirs des reproductions de tronc d'arbres animés d'un lent mouvement de rotation : à partir des textures on reconnaît  quatre essences (peuplier, chêne, hêtre, sapin), recouvertes de quatre couleurs (bleu clair, bleu foncé, rose, jaune) ; ici la nature recule devant l'emballage guimauve, le naturel devant l'artificiel, sinon l'artifice. Ricci Albenda, lui, avec Portal to Another Dimension, a construit dans le mur blanc une sculpture produite par le mouvement de la lumière. Elle combine la rigueur de la géométrie à la poésie du jeu d'ombre, devient plus qu'un élément décoratif qui combinent les formes concaves et convexes où dominent les lignes courbes.

Enfin, l'installation de Berdaguer & Péjus, Anaesthetic room (plateforme anesthésiante), qui occupe tout le premier étage, plonge le spectateur dans un univers qui rappelle la science-fiction et des esthétiques plus fonctionnelles. Dans quatre espaces,  des matelas ouatés sur lesquels sont disponibles différentes prothèses qui permettent d'anesthésier nos sens (boules Quiès, calmants, lunettes de repos, etc) ; à côté, des aquariums suspendus dont chacun contient un poisson « combattant beta » : seul, le poisson est calme ; en groupe, il attaque les autres. On passe ainsi d'un espace à vivre à une loi impitoyable. Cette exposition demande une visite attentive : nul doute qu'à son terme le spectateur soit plus sensible à l'arbitraire des limites.

© Chroniques de la luxiotte.
(Mis en ligne le 15 juillet 2003)