Photographies évolutives

La photographie évolutive, Thomas Lannes, Musée Tour des Échevins, 70300 Luxeuil-les-Bains (tél : 03 84 40 00 07) jusqu'au 29 août 2004.

par Alain Jean-André

PUZ-ZLER (partiel): Photo Alain jean-André

Peut-on partir du titre : la photographie évolutive, pour indiquer la spécificité de cette exposition, visible tout l'été dans les salles rénovées du Musée de la Tour des Échevins, à Luxeuil-les-Bains ? En montant d'étage en étage, on passe de la photographie documentaire à un questionnement du médium utilisé. Mais libre au regardeur de distinguer d'autres aspects.

Au premier étage, avec SERIAL NUMBER(1998), série d'usines à la manière de l'esthétique rigoriste de l'école allemande, l'artiste joue plastiquement de complémentaires : contraste du rouge brique des bâtiments et de la cheminée qui s'oppose au vert du feuillage des arbres. Cette manière de travailler contrastes et couleurs à partir d'un sujet architectural se retrouve sur d'autres clichés : de GRANY 70 (2001), visible au rez-de-chaussée, qui réemploie un cliché d'amateur dans un jeu complexe de perspectives ou de reflets, à des séries d'épreuves du deuxième étage.

Sans que l'on puisse parler de succession, car on devine que les deux démarches cohabitent en toute liberté, on voit se profiler, en visitant cette exposition, un dépassement du sujet, une recherche qui insiste sur la spécificité de la photographie. La composition PUZ-ZLER (2001), qui présente apparemment un paysage urbain vu à travers une baie vitrée découpée par des montants verticaux et horizontaux, amène à la remarque : que regarde-t-on ? La série V.I.T.R.I.O.L (2003-2004) indique également un travail sur l'écart entre le motif - marqué par l'architecture, l'industrie, l'idée de dégradation - et le cliché - un rapport plastique, un contraste très sobre entre des couleurs.

Avec cette exposition, on sent que Thomas Lannes revisite des manières, mais aussi trace des pistes plus personnelles : sa photographie plasticienne qui s'attache à l'impersonnel, à la dégradation, voire, plus récemment, à une ambiance plus crépusculaire, construit des images d'une grande rigueur.

Photo Alain Jean-André

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 11 juin 2004)