Narcisse en miettes ou encore

Narcissus / new visions on self-representation, Crac Alsace, 18 rue du château 68130 Altkirch (tél : 03 89 82 59) jusqu'au 22 février 2004

par Alain Jean-André

Le thème de cette exposition, qui tourne autour de l’autoportrait, est une bonne occasion de découvrir le travail de 15 « artistes internationaux », comme on aime à dire aujourd’hui, et de faire le point sur la façon de traiter un sujet traditionnel. Qu’est-ce que le spectateur peut découvrir de nouveau dans ces autoportraits ? Qu’est-ce qui a changé dans la manière de se représenter en ce début du XXIe siècle ?

Une première remarque peut porter sur les moyens mis en œuvre. Le thème n’est traité par aucune toile. Exit la peinture, donc; la photo la remplace largement, qu’elle soit encadrée ou présentée dans un montage. Avec la vidéo, l’image s’anime et peut s’accompagner de son. Dispersées dans les salles, les sculptures, parfois très proches du ready-made, ont une très bonne allure. Sur les murs, on est loin des autoportraits de Rembrandt, de Van Gogh, de Beckmann, de la recherche ou de la construction d’une identité par exemple. On constate encore une fois combien la représentation a changé : à présent, des images ironiques, provocantes, qui touchent au dérisoire, à l’absurde, ou des images qui entraînent sur la voie d’une fiction plus ou moins affirmée. Les sculptures, elles aussi, entrent dans les mêmes registres : celui de la dérision, du rappel ironique, d’un décalage proche de l’humour noir. Ces oeuvres portent la marque du décapant XXe siècle : dandysme, dada, clins d’œil, humour noir, grotesque, dénonciations, etc. Par-dessus bord, les restes du romantisme.

Alors, en fin de compte, où se trouve le nouveau dans les œuvres de ces 15 artistes ? Peut-être tout simplement dans la réaffirmation d’un basculement. En se promenant dans l’exposition, on pourrait résumer l’affaire par des phrases du genre : on ne nous la fait pas (Matthieu Laurette); on n’a rien d’original (Annika Ström); on utilise la provocation (Erwin Wurn); on dénonce l’exploitation de l’image de la femme (Sara Lucas); on joue avec l’image de célébrités (Olivier Blankhart); on ne se prend pas au sérieux (Piero Golia, Maurizio Cattelan); on construit des romans (Alexandra Vogt) ou des fictions dérisoires (Gilbert Georges).

Avec cette exposition, on est dans la représentation de la représentation, on singe la représentation, on réalise des reprises ironiques qui déconstruisent, on flirte avec le scénario de fictions. Chaque fois, des masques qui voilent et dévoilent ; des jeux d’acteurs qui posent et disposent ; des parodies qui vendent la mèche. On le savait déjà plus ou moins, on le constate peut-être mieux cette fois : l'ère du doute progresse du côté des arts. On pourrait la résumer par cette question  : est-il possible de se représenter, de faire son autoportrait, même avec une photographie ? C'est une interrogation que l’on retrouve dans la littérature contemporaine : est-il possible d’écrire sa vie, de rédiger son autobiographie ? Toujours la confrontation de l’art, quelque soit le genre ou le médium, et de la réalité ; ou la confrontation de l’art et de la vérité. Rien que pour ces questions, cette exposition d’une grande richesse vaut le déplacement.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 1 Février 2004)


Petit dossier (pour prolonger la visite) :

Dans ce petit dossier, une série d'images permettent de se faire une idée des oeuvres d'une partie des artistes présentés au Crac Alsace d'Altkirch, de saisir quelques aspects de leur travail ou de lire des documents qui les concernent.