Présence humaine énigmatique

Oeuvres récentes, Max Neumann, Musée d'Ixelles, Bruxelles, jusqu'au 16 mai 2004 ; Galerie Pascal Polar, Bruxelles, jusqu'au 17 avril 2004.

par Alain Jean-André

Les dessins et les toiles de Max Neumann ne donnent pas une prise facile aux commentaires. On ne s'en plaindra pas, tant le plaisir esthétique est grand. Voici une œuvre que l'on qualifie de figurative parce qu'on y reconnaît des personnages, des visages, des animaux : mais l'adjectif est-il approprié ? Parler de paysages mentaux, c'est sans doute mieux approcher l'univers du peintre : mais ne faudrait-il pas, alors, en dresser une typologie plus précise ?

Max Neumann insiste sur le fait qu'il préfère « ne pas avoir d'idée de ce qu' (il va) entreprendre. Il croit beaucoup au processus qui se met en place devant la toile ; il précise que « les formes s'imposent d'elles-mêmes. » S'il trace une tête avec une bouche ouverte, explique-t-il, c'est « pour des raisons formelles. Une bouche ouverte est une forme dans l'ovale d'une tête. » Jeu de formes donc, jeu de couleurs aussi, dans lequel le noir tient un rôle important.

Néanmoins, le spectateur ne peut s'empêcher de se questionner au sujet des visages, des têtes sans yeux, des répétitions qui indiquent une présence humaine énigmatique. Peut-on parler d'inquiétude, d'intranquillité de celui qui a illustré des textes de Fernando Pessoa ? Peut-on y voir, comme le dit André De Nys, des « archétypes dionysiaques pétrifiés, tels une colonne de sel  » ? Les œuvres de Max Neumann recèlent assurément une force suggestive peu commune ; elles sont très éloignées d'une représentation ou d'une signification univoque. Utiliser certains mots restreindrait considérablement leur portée. Aussi ne sera-t-on pas surpris de constater que de nombreux dessins ou toiles sont sans titre. Sans titre, pour laisser le sens ouvert ; sans titre, pour le laisser flotter, sans le fixer.

Le travail de Max Neumann donne un bel exemple d'une peinture européenne qui se porte bien. On peut considérer que sa pratique est marquée par la patte allemande et s'inscrit dans le courant néo-expressionnisme berlinois ; on peut aussi y voir une manière très libre de peindre, qui sait s'affranchir de multiples contraintes ; l'accès à une vacuité qui permet d'atteindre un équilibre avec peu de moyens. Max Neumann ne précise-t-il pas ? « Il y a moyen de bien construire avec peu d'éléments. Le grand problème de l'art, c'est de réaliser ce qu'il faut, ni plus ni moins

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 17 mars 2004)


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