Charmes d'une peinture

Peintures de Barbara Desnoy, Galerie La Prédelle, 96 Rue de Belfort - 25000 Besançon (tél : 03.81.50.15.57), du 18 septembre au 10 octobre 2004.

par Patrice Llaona

Il y a dans le travail de Barbara Dasnoy beaucoup de charmes, au pluriel – peut-être au sens de Paul Valéry –, au sens de la magie blanche, saine, au sens des fées. Certains tableaux ne s'intitulent-ils pas « fausse naïveté » ? N'est-ce pas la clé de ce très beau travail ?

Ce sont des variations de voiles qui se lèvent et qui s'abaissent sur le mystère plénier de la vie, dans la structure d'une lumière (certains tableaux sont d'ailleurs intitulés : champ et ombres), l'organisation d'éléments apparemment jetés (le geste libre dont parle l'artiste, qui se réfère par ailleurs à Mondrian, Kandinsky, et à l'expressionnisme abstrait américain : De Koonig, Rothko, Kline...), éléments en réalité totalement maîtrisés, voire savants.

L'ombre et la lumière inhérentes à la vie s'expriment ici dans le délié, le jeu de formes et de couleurs souvent lumineuses, quelques fois plus sombres, dans des entrelacs. Il faudrait s'attarder avec délice sur les techniques, d'où émane la sensualité. Des rythmes d'herbes et de corps parfois, car cette peinture est sensuelle, coloriste, dans le tempo d'une incarnation, la musique de l'être. « A cette question de savoir si au fond les coloristes ne sont pas les seuls métaphysiciens de la peinture ? », se demandait André Fraigneau...

Il y a une dialectique entre la géométrie et la couleur, qui, loin de distendre les deux données en contradiction, s'élève jusqu'au chant de l'unité. Le monde est rendu à sa liberté, à son exaltation, dans l'alchimie d'une poésie picturale en actes, qui illustre cette phrase de Hölderlin : « habiter poétiquement la terre », sur la terre et sous le ciel réels, dans la joie immortelle du corps et de l'esprit indissolublement unis dans l'éternité du transitoire et de l'intemporel charnel.

Une exposition superbe à ne manquer sous aucun prétexte.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 19 septembre 2004)