Autoportraits multiples

Benoît Delescluse, Galerie la Prédelle, 96 Rue de Belfort - 25000 Besançon (tél : 03.81.50.15.57), du 26 novembre au 24 décembre 2004.

par Patrice Llaona

Fidèle à sa ligne de conduite initiale, la galerie La Prédelle nous fait encore voir une exposition de qualité, celle de Benoît Delescluse.

Voilà un peintre, un vrai, ça nous change des illusionnistes. Généreux ! Qui, malgré les doutes liés à la pratique artistique, ne boude pas son plaisir de peindre ! Qui ne boude pas non plus notre plaisir de regarder, de voir ! Il y en a ici pour les yeux, tous les yeux, et on en a pour sa jouissance, par ce don que nous fait le peintre.

Baudelaire écrivait : « Qu'est-ce que l'art pur suivant la conception moderne ? C'est créer une magie suggestive contenant à la fois l'objet et le sujet, le monde extérieur à l'artiste et l'artiste lui-même. » Nous sommes ici au coeur de la démarche de Benoît Delescluse.

Magie blanche, car voilà un art – à la rencontre du monde – tout dévoué au bien, au bon de la terre et de l'homme, au beau, et ce sera la magie blanche et colorée de la couleur. La couleur « ce véritable emblème de l'extériorité »(Stefano Agosti), sauf que c'est ici le signe de l'intériorité subtile qui intègre l'extériorité.

L'enchantement de la couleur, mais cet enchantement-là est pour nous réveiller ! La couleur fait partie de l'objectivité du monde exprimé : au sens propre elle l'incarne.

Arbres colorés comme des émaux – bleus, jaunes, noirs, rouges, verts –, arbres blancs (avec des couleurs en dessous, jaune, rose, rouge) – les arbres marchent –, chiffres de la finitude, entre terre et ciel, ils disent tous l'infini de la vie et tous ses courants qui nous baignent.

Il y a ici aussi beaucoup de ciels ocres vaporeux qui se tressent aux verdures, à la canopée qui court en bas. Il y a aussi des plaines d'espaces jaunes – mais où est la limite entre terre et ciel ? –, où chante la couleur, où être infiniment heureux.

Il s'agit de peindre le portrait (nul narcissisme, mais l'interrogation légitime et majeure) de l'artiste, non pas en jeune singe, mais en arbre, en ciel, en plaine, à moins que ce soit le contraire : peindre le portrait de l'arbre, du ciel et de la plaine, en artiste : ils ont à nous dire, nous qui sommes « dedans eux ».

On ne sait plus où est l'intérieur et où est l'extérieur, qui est qui, quoi est quoi, – et pourtant tout est fortement dessiné, individualisé, personnalisé – ,c'est la réintégration désirée, l'avancée dans le monde, et c'est le charme puissant de cette peinture très « enlevée » d'un coloriste souverain.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 28 novembre 2004)