L'énergie créatrice intacte

Jean Messagier, « De la terre à l’herbe » – Les dix dernières années – MALS Hôtel de Ville 25600 Sochaux et salle Artothèque ASCAP, 19 rue des Alliés, 25200 Montbéliard, jusqu'au 19 décembre 2004; Musée d'Art et d'Histoire, Château, 90000 Belfort, jusqu'au 2 janvier 2005 (tél : 03 84 54 25 51)

par Alain Jean-André

Se rendre à une exposition qui a pour sous titre : Jean Messagier, « les dix dernières années », c'était se poser au départ plusieurs questions. Le peintre avait-il poursuivi sur sa lancée des années 70 et 80 ou avait-il changé de manière ? L'artiste avait-il continué à produire une peinture panthéiste ou était-il passé à autre chose ? Dès l'entrée dans les trois lieux d'exposition, le spectateur n'est pas déçu : il retrouve la vigueur d'exécution et la plénitude de la couleur. Mais il sent aussi une autre tonalité dans certaines toiles de années 1990.

La célébration des forces de la nature, l'hymne à la vie persistent dans les grandes toiles. Les titres parlent d'eux-mêmes : La Grande Gelée blanche (1989), la Grande Rhubarbe (1990), les Alouettes (1991), Allégorie pour mai (1992), autant d'oeuvres qui font écho à la féerie des matins, aux printemps du monde ; autant d'occasions de déployer la force des couleurs, d'y mêler des paillettes étincelantes. Jean Messagier transmet une allégresse avec des allégories de couleurs, il transmue une joie de vivre en vigoureux contrastes. Il joue avec l'enchantement des paillettes. Il se donne la liberté de la fête. Les dessins de « gels » me semblent s'inscrire dans ce mouvement.

On remarque aussi des tableaux plus construits, comme L'après-midi de Louis XIV (1995) ; encore il faudrait prendre le temps de questionner ces compositions de nombreuses allusions à Goya. Cependant, d'autres toiles nous montrent une nouvelle manière de donner du mouvement. Vers la fin de sa vie, Jean Messagier a délaissé les boucles, les tourbillons de couleurs ; il a abandonné toute représentation : il trace souvent de grandes diagonales fluides qui flambent ou coulent avec des couleurs de terre, de végétation, de bonbons. C'est le même peintre, et c'est un autre peintre. On sent une profondeur, une gravité qui ouvre une voie plus grave, plus ascétique.

Finalement, on sort de cette exposition en se disant : la peinture de Messagier ne s'est pas exténuée, elle ne s'est pas enfermée dans une forme, elle a su maintenir intacte la vitalité de l'énergie créatrice. Jean Messagier avait noté : «On doit être le prince de son Orient. » On peut dire aujourd'hui qu'il a été le prince d'un royaume qu'il a su construire par la constance de sa détermination.

Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 26 novembre 2004)

Liens :
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