La chapelle Le Corbusier
de Ronchamp a 50 ans

par Alain Jean-André

La Chapelle Le Corbusier à Ronchamp fête ses 50 ans. Quand on voit la beauté de cet édifice on a du mal à y croire : on la dirait bâtie récemment, une construction contemporaine voire post-moderne. Une impression fausse qu'il faut tout de suite balayer. Car cette chapelle lance sa présence plastique du milieu du XXe siècle – l'âge noir des bombes atomiques – jusqu'à notre temps, mais aussi jusqu'aux siècles à venir. Sur le versant sud des Vosges, ces montagnes qui s'assombrissent au retour des pluies, cette chapelle blanche est un signe méditerranéen. Un signe étrange, dans ce pays qui a mêlé les activités minières, industrielles et agricoles et qui attend peut-être trop du tourisme. Un édifice à sa place cependant, par son contraste avec ce milieu rude.

Les expositions et les historiens donnent tous les renseignements utiles sur les avatars de la Chapelle de la colline de Bourlémont, de la vierge ancienne qu'elle abrite, des pèlerinages qui remontent à loin. Je voudrais plutôt insister sur la rupture introduite par cette irruption de la modernité dans un lieu traditionnel. Cette chapelle ne s'est pas faite par hasard. Inutile de parler de miracle, d'intervention divine, même pour un édifice religieux. Ce serait une explication un peu courte. En fait, comme toujours pour des réalisations aussi surprenantes, hors normes, qui ne viennent pas du pouvoir politique ou d'un possédant richissime, il y eut tout simplement des hommes, de l'imagination, de la ténacité, de la persévérance : une vision qui dépasse le présent. Il y eut aussi une période favorable d'ouverture de l'art catholique qui s'est vite refermée quelques années plus tard.

Cet édifice blanc dans ce pays noir, cette forme moderne dans un milieu traditionnel, c'est ce qu'il me semble intéressant d'interroger. Quand on regarde qui a contribué à cette réalisation, on trouve une chaîne d'hommes : le chanoine Ledeur, François Mathey, inspecteur des monuments historiques, Maurice Jardot qui travaillait avec Daniel-Henry Kahnweiler à Paris, enfin les Pères Couturier et Régamey qui dirigeaient la revue L'Art sacré et prêchaient la créativité et le génie. Il faudrait en citer d'autres. Les églises modernes de l'époque (celle du plateau d'Assy, celle du Sacré-Cœur d'Audincourt, etc) suscitèrent de vives polémiques. La nouvelle chapelle de Ronchamp provoqua des réactions virulentes : cette irruption de la nouveauté plastique, de lignes audacieuses rendues possibles par l'emploi du béton armé choquait des manières de voir et de penser conformistes. Cinquante ans plus tard, l'édifice d'avant-garde semble devenu intemporel.

Ce n'est pas un croyant qui a dessiné la chapelle de Ronchamp, c'est un architecte qui a su s'imprégner de la réalité d'un lieu, de la fonction d'un édifice religieux, du culte marial et relier des inconciliables. Comme, à quelques dizaines de kilomètres, le peintre Fernand léger, communiste et athée, a dessiné une œuvre pour l'église du Sacré-cœur dans un quartier ouvrier d'Audincourt. Chaque fois, les paradoxes apparents ont été dépassés par la puissance de l'art. Chaque fois, les synthèses réalisées respectent l'esprit d'un culte en lui donnant une esthétique nouvelle. Cette présence de l'art moderne dans l'architecture religieuse manifeste en définitive un véritable acte de foi en l'avenir, à l'opposé des visions nostalgiques qui donnent trop de force au passé.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 22 mai 2005)



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