Un travail de coloriste

Peintures Zacharias, Galerie La Prédelle, 96 Rue de Belfort - 25000 Besançon (tél : 03.81.50.15.57), du 27 janvier au 13 février 2005.

par Patrice Llaona

Voilà un peintre singulier, raffiné, sous la brutalité apparente de latouche. La peinture gicle du tube pour notre bonheur.

La filiation se situe du côté des fauves, des expressionnistes, deCézanne, de Derain, semble-t-il. On pourrait penser aussi à Soutine par lafinesse des décalages, les lignes bousculées.

Il y a des délicatesses et des subtilités de calligraphie orientale sousles empâtements assez importants.

Petit à petit, alors qu'on se laisse envahir par cette symphonie abrupte, on aperçoit des constructions très élaborées, quelque chose s'organise.

La principale qualité de cet artiste est incontestablement un travail de coloriste, qui sculpte "la haute note jaune". Pour reprendre un mot de Benoît Delescluse, le peintre nous trempe la tête dans la peinture, pour notre ravissement, sans sécheresse, avec générosité. Avec des cascades de couleurs qui nous baignent.

Des paysages, des profondeurs surgissent d'un apparent chaos, comme on dit familièrement le peintre a du tempérament. C'est un être de la terre avec ses couleurs, ses stridences (le conflit art-vie sans doute, mais aussi une paix paradoxale), et ses douceurs, car il y a beaucoup de tendresse dans ce tumulte qui au contraire nous repose.

Des routes s'ouvrent dans la couleur, et c'est tout le sens du corps, de la danse, qui s'élabore. La galerie La Prédelle nous a déjà donné à voir ce fait avec d'autres artistes : encore cette fois-ci une avancée dans le monde, l'unité.

Sous son clair désordre cette peinture est savante (au sens non-péjoratif), elle postule un ordre profond qui, au-delà des déchirements, nous donne accès à l'allégresse tant désirée. Et c'est le miracle de cette peinture : une ardente affirmation de la vie portée par l'art et l'amour. Nous en avons plus que jamais besoin.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 29 janvier 2005)