L'art italien de 1900 à 1950

Italia Nova, une aventure de l'art italien, 1900-1950
Galeries nationales du Grand Palais, entrée Clémenceau, 75008 Paris, du 5 avril au 3 juillet 2006.

par Alain Jean-André

Retrouver des mouvements de l'art en Italie, entre 1900 et 1950, sentir son entrée dans la modernité. L'exposition Italia Nova permet cette approche avec 120 œuvres qui donnent une idée du foisonnement de cette période, futurisme, Novecento, primitivisme, Peinture métaphysique, qu'importe les mots, regardons les œuvres, même si on peut être plus réservé sur la deuxième partie de cette exposition.

Ce qui retient d'abord, c'est la célébration du monde moderne du Futurisme, avant-garde flamboyante, active près de trente ans. Le poète Filippo Tommaso Marinetti fut l'axe de cette roue étincelante, de cette utopie qui a jeté par-dessus bord les vieux sujets académiques -- nu, nature morte, atelier du peintre --, pour faire place aux nouveautés du nouveau siècle : l'automobile, la vie urbaine, les chiffres, la vitesse. Luigi Russolo s'est plu à donner une idée du Dynamisme d'une automobile (1913) ; la toile de Balla Mercure passe devant le soleil (1914) est aussi une oeuvre dynamique ; Gino Severini, dans Rythme plastique du 14 juillet (1913) produit un cubisme coloré et léger ; mais j'ai un faible, dans cette exposition, pour les toiles d'Umberto Boccioni, le rythme de ses compositions, la force des couleurs. Dommage qu'un tel artiste a disparu à la guerre, ou en préparant la guerre, à 34 ans.

La redécouverte du classicisme, après les années de la Grande guerre, amène une tonalité très différente. L'influence de Giorgio De Chirico, aux sources de la peinture métaphysique, a été déterminante. S'il est vrai que sur ses toiles on croit reconnaître les trains du belge Delvaux et les arcades des villes italiennes, il y a aussi chez lui quelque chose qui vient du nord. De nombreuses toiles du peintre sont présentes ; on peut apprécier les facettes de son talent, la force de son imagination. Quant à Felice Casorati, avec Silvana Cenci (1922) il produit la toile majeure de Réalisme magique ; mais La femme à l'écuelle (1919) ne laisse pas indifférent ; Carlo Carrà, Gino Severini, artistes venus du futurisme, renouvellent leur inspiration au sortir de la guerre, pour des sujets plus classiques. On peut leur préférer les toiles d'Antonio Donghi, comme ce Jongleur (1926) d'un réalisme saisissant, ou celles de Félice Casorati, comme Les Écoliers (1928), d'un dépouillement presque énigmatique.

Le travail de Giorgio Morandi, qui aboutit à un art très personnel où dominent les natures mortes, brouille à sa manière -- c'est-à-dire avec une séduisante simplicité de moyens -- les distinctions entre figuration et abstraction. Il remet en cause la perception de ce qui est vu, il questionne la production d'une image. Un espace circulaire permet de suivre quelques étapes de son travail dans lequel on sent un quête qui dépasse la représentation.

La dernière partie de l'exposition, qui présente des œuvres de Fontana, Burri, Manzoni, appartient à une autre époque. Une nouvelle guerre est passée, une autre modernité fait irruption: incisions, bois brûlés, peinture « matiériste » engage l'art en Italie sur d'autres voies.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 28 juin 2006)