Michel Gérard, oeuvre graphique

Michel Gérard, Matières de mémoire, Travaux sur papier 1975 - 2006, Musée Départemental d'Art ancien et contemporain 1, place Lagarde - 88 000 Épinal (tél : 03 29 82 20 33), 14 octobre 2006 - 5 février 2007.

par Alain Jean-André

Michel Gérard est connu pour son activité de sculpteur. Pourtant il a également réalisé une recherche graphique, liée à des cheminements personnels, sur plusieurs décennies. « Le travail du dessin a toujours été pour moi parallèle à celui de la sculpture. Le dessin comme moyen d'expression en soi et jamais comme étude nécessaire à la réalisation d'une sculpture », précise l'artiste. C'est la première rétrospective de son oeuvre graphique que présente le musée d'Epinal ; elle permet de suivre les étapes de sa production, d'en apprécier la variété et la force avec des œuvres qui sont souvent de grands formats.

L'exposition couvre trois décennies (1975-2006), comprend quarante-cinq « travaux sur papier », combinant l'utilisation du fusain, de la craie, des pastels, de l'acrylique. Les œuvres noires, d'une grande force graphique, qui font référence aux paysages industriels tiennent une place importante : de Pittsburg Piranese (1988) au Voyage au centre de la Saar (1989), le fond sombre se mêle à des tracés, ou des traces, allusions plutôt que représentations. Avec Underground Passages (1989), l'émergence du thème du labyrinthe côtoie des indications géologiques ; il conduit au remarquable Tectonic, qui associe le noir au rouge. Aux paysages extérieurs de la fin d'une époque répondent des paysages intérieurs qui mêlent « étroitement le microcosme et le macrocosme, dessinant des astres et des planètes qui ressemblent à des cellules microscopiques », indique justement Gérard-Georges Lemaire.

Les travaux plus récents comportent des indications plus autobiographiques, à commencer par un autoportrait plutôt ironique, et correspondent à un changement dans la facture. On voit apparaître des couleurs, des tracés plus légers, des inflexions post-modernes qui mettent en phase l'artiste avec les débuts du nouveau siècle. En témoignent les dessins de grands formats comme Multiple Self-Portrait as a Caveman (2003, 2004), Shadow on Double Sun (2004) et Petit Larousse Reflexion (2006). La composition Freudian Reading of Leonardo's Childhood Memories propose un travail formel et conceptuel au sujet de l'interprétation psychanalytique de Freud d'une toile de Léonard de Vinci. Reprise malicieuse qui donne une place énorme au « vautour » masqué dans les plis de la robe de la Vierge. Réponse plastique qui affirme la position de l'artiste quant au discours du médecin viennois. On est bien dans la lecture de la lecture, dans le monde en abîme du post-modernisme saturé d'images, d'interprétations, de reprises, de remixs.

Une telle exposition séduira le spectateur attentif. Il y découvrira un itinéraire qui a produit des œuvres fortes ; aussi les facettes d'un artiste qui a remarquablement renouvelé ses pratiques. Le fait de vivre à New York depuis 1989, après avoir enseigné en France et à l'étranger (Tours, Rutgers University of New Jersey, Cergy, Dijon), n'est sans doute pas étranger à la riche inflexion de son travail graphique récent.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 27 décembre 2006)