Vers de nouveaux horizons ?

Nouveaux Horizons 1, CRAC Alsace, Centre rhénan d'art contemporain, 18 rue du château, 68130 Altkirch (tél : +33 3 89 088 259), 3 septembre-12 novembre 2006.

par Alain Jean-André

L'exposition de l'automne du CRAC Alsace, Nouveaux horizons, trace quelques pistes dans la forêt vierge de l'art contemporain. Il est tellement devenu multiple qu'on peut se demander s'il n'accumule pas aujourd'hui les « mécompréhensions » (1), surtout lorsqu'il est présenté dans une petite ville. La pédagogie est nécessaire pour accéder aux travaux des artistes représentés, d'autant plus que, pour certains, on a sous les yeux un fragment du work in progress. Mais soyons clair : cette exposition donne à voir des objets particulièrement intéressants, acides et acidulés, malins et mutins, grinçants et grimaçants.

Et si les grands classiques présents étaient les plus bardés de références, des références qu'ils rudoient chacun à leur manière ? Virginie Barré, avec des planches de BD (dessins aux traits des femmes vêtues de costumes des années 1930 ; dépouillement noir et blanc qui ne représente que des silhouettes) et D. FatBat tirent l'art vers le simple, un degré zéro très alcoolisé en fait. Patrick Jeannes, lui, joue avec les conventions, mais d'une façon mutine. Dans son installation, une démystification tonique, il parodie des artistes très connus, mêlant tickets d'entrée et reproduction grossière des maîtres contemporains (ici Mondrian). Un bricolage, un collage de références trafiquées de l'art moderne. C'est assez jubilatoire. Jubilatoire aussi, les deux pavés de Vincent Labaume : sur la face supérieure lisse (glacée comme une pierre tombale) du premier est gravé : papa, sur la face du second : maman. On sent passer le fantôme du lointain mai 68. Est-ce de l'humour noir ? De la nostalgie chic ? La réponse vient peut-être du reste, à voir, à lire.

Quant au Red Cloud d'Amandine Sacquin, ne s'avance-t-il pas masqué ? Cherchez l'erreur. Plutôt : chercher la source. Fermez les yeux, changez de lunettes. Et tout devient clair… Enfin, on l'espère. Avec un dispositif ingénieux, Katia Bourdarel crée une ambiance qui mêle les contes de fée et un suspense cinématographique. Alain Mestre, lui, travaille entre violence et fantasme. Ces artistes mettent à mal le réel, ou plutôt nos clichés sur le réel, alors qu'Alain Chevalier propose un jeu autour des serveurs vocaux.

Avec Clarisse Hahn, on sort des allusions et on remet les pieds sur la terre ferme. Une vidéo qui trace le portrait d'une communauté. Une famille protestante bourgeoise (la sienne). Vêtements, aménagements intérieurs, etc. Les hommes, les femmes, les générations. C'est sérieux, subtile, tout en finesse. Plus directe, la vidéo de Valérie Mréjean : elle nous présente des personnages de Tel-Aviv sortis du monde juif ultra-orthodoxe. Epoustouflant ! Encore plus directes, les photos de Bruno Serralongue : la série montre une manifestations du Collectif des Sans-Papiers. Ici, on ne reprend pas des aspects de l'art, on s'en prend à une violence contemporaine (et pas nouvelle). Du troisième, quatrième degré, on dégringole au premier degré. Et l'on se dit : la tension monte. Surtout lorsque l'on regarde la longue série des panneaux d'Alain Declercq : il y dessine une bataille navale avec des balles. Il fait des fresques au pistolet.

En sortant de l'exposition, je tourne la tête vers la grande photo de Frank Perrin : une plage, la mer, le ciel et un jogger de la taille d'un pou. Nouvel ou vieil horizon ?

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 20 septembre 2006)



Liens :
     (1) Lire l'édito d'André Rouillé sur paris-art.com
      Visitez le site du CRAC Alsace