Une sorte de célébration

En-taille Christophe Bohème, Centre culturel Cyprien Foresti,
72 rue du Général Leclerc 25230 Seloncourt (tél: 03.81.36.13.46),
du 13 au 28 septembre 2008.

par Alain Jean-André

L'exposition de Christophe Bohème compte près de quarante photos de formats différents et un diaporama dans un espace agréable. La présence de morceaux de troncs d'arbres, même si ce ne sont pas des oeuvres, donne une clé de son travail. Elle éclaire un paradoxe à son sujet. Elle en révèle aussi la simplicité.

À l'origine des troncs d'arbres, des rivières, des plaques de métal rouillé ; mais cette origine concrète, matérielle disparaît, s'estompe souvent complètement, devant le résultat obtenu : l'épanouissement de motifs plastiques abstraits, affranchis de la représentation. Du coup, par un cadrage précis, le plus souvent limité, sans devenir de la macrophotographie, l'image échappe à l'anecdote, à toutes formes de romantisme ou de nostalgie. Ce qui est rendu visible, c'est une forme émiettée, ou fluide, ou éclatée ; c'est l'éclat, la variation de couleurs. Ce travail fait apparaître une magnificence, une beauté proche et immédiate. Certains pourraient y voir une sorte de célébration, d'extase matérielle.

Le résultat est d'autant plus étonnant qu'il s'agit de photos argentiques, qu'aucun recadrage, qu'aucune retouche n'ont été pratiqués. En passant d'une photo à l'autre, le spectateur découvre un regard qui se pose sur le monde, un monde naturel plutôt qu'un milieu urbain. Le paradoxe vient de cette mutation du concret en images abstraites. On retrouve dans ce travail une problématique rencontrée dans la peinture. Cette manière de photographier travaille la perception et l'apparition de motifs libres, conduit à des variations plastiques qui donnent une belle place aux couleurs, produit certains rythmes.

Si je me laissais aller, je formulerais une question : Où va Christophe Bohème ? On me répondra (lui peut-être) qu'il se promène beaucoup pour prendre quelques photos. Je le comprendrai facilement. Mais je ne pourrai m'empêcher de reformuler ma question : Que cherche-t-il ? Car -- peut-être est-ce un autre paradoxe --, il capte en une fraction de seconde, surtout dans certaines photographies, une moire du monde, un éclat singulier, dans ce qui s'écoule dans le temps. Ou plutôt, il effleure, discrètement. Il ramène des images du Paradis, ou plutôt des images intérieures. Du coup, ce qui l'emporte dans ces photos, c'est la présence d'un imaginaire.

© Chroniques de la Luxiotte
(16 septembre 2008)


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