Querelle au sujet de la chapelle
Le Corbusier à Ronchamp

par Alain Jean-André

L’implantation d’un couvent à proximité de la chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp, magnifique édifice du XXe siècle conçu par Le Corbusier, provoque des remous. L’association gérante du lieu prévoit d’accueillir des religieuses sur la colline de Bourlémont qui domine le bourg. Renzo Piano, avec Michel Corajoud, un paysagiste français, a dessiné le projet de nouvelles constructions qui devraient se fondre dans le paysage. Mais des voix s’élèvent contre cette intervention : elles viennent en particulier de la Fondation Le Corbusier. On y craint que les nouveaux bâtiments ne défigurent le site.

Pourquoi une modeste implantation suscite-t-elle une telle tempête ? L'Association Œuvre Notre-Dame-du-Haut considère qu’il est nécessaire de faire évoluer le site. Elle souhaite lui donner « une valeur ajoutée spirituelle ». Des sœurs clarisses venues de Besançon, souhaitent vivre sur la colline une vie contemplative. Elles devraient s’installer dans une douzaine de cellules. La structure qui gère le site est dans ses droits : elle détient la propriété matérielle, ainsi que les droits artistiques. Ce n’est pas le cas de la Fondation Le Corbusier.

Sans doute est-il intéressant de préciser que le président de cette association, Jean-François Mathey, est le fils du conservateur d’art François Mathey qui joua un rôle dans la commande de la chapelle à Le Corbusier – il y a cinquante ans – ainsi que du projet du Centre Pompidou à Paris. Aujourd’hui, Notre-Dame-du-Haut accueille 100 000 visiteurs chaque année, dont la moitié sont étrangers. Elle est devenue un haut lieu de l’architecte moderne. Autant dire un symbole. Mais un symbole auquel on ne donne sans doute pas le même sens. Dans cette querelle, il faut dire que les opposants au projet de Renzo Piano utilisent un argument de poids. Dans des lettres adressées à l'abbé René Bolle-Reddat, le chapelain historique de la chapelle qui souhaitait la construction d’une maison d’accueil pour 120 pèlerins, Le Corbusier avait rejeté avec vigueur toute transformation de la colline.

On le voit, la bataille fait rage. Sur place, on peut noter que l’aire de stationnement, assez proche de la Chapelle, sera remplacée par des arbres et l’accueil déplacé afin de le rendre moins visible. Mais, on constate aussi que les nouvelles constructions, même en partie enterrées, seront proches de l’édifice. Alors ? Faut-il éloigner le couvent ? Revoir le projet ? Dans le bourg, la vie continue cahin-caha. La plupart des visiteurs de la Chapelle montent directement jusqu’à l’édifice. Combien savent-ils qu’ils ont traversé une ancienne cité minière ? Même le Musée de la mine se meurt. Les gueules noires n’ont pas bénéficié d’un architecte prestigieux.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 16 juin 2008)


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