Dessiner pour apprivoiser sa vie

Valerio Adami, « Dessins », Galerie Templon, 30 rue Beaubourg, 75003 Paris (Tél: 01 42 72 14 10), 9 janvier - 20 février 2010.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Avec cette exposition de ses dessins, Valerio Adami nous fait entrer dans ses secrets. Les toiles acidulées s’efface devant l’ensemble des dessins préparatoires. Les lignes tendent des fils minces sur le papier. On peut imaginer l’artiste en funambule solitaire au milieu de ses thèmes obsessionnels (musique, voyage, littérature). On voit aussi l’ombre instable planer à ses côtés. Résistance d’artiste, tentative désespérée de jeter des pavés dans la représentation, à travers les matrices faites des contours et des volumes qu’ils créent.

Adami dessine pour habiter sa vie autrement, pour l’apprivoiser en ouvrant des images. Il propose ainsi des lemniscates par l’obsédante équidistance du dessin au regard. Un visage est répété, mais de manière entraperçue dans l’embrasure des formes. Chaque ligne est travaillée « pour en effacer les traces mondaines », dit l’artiste. Chacune devient « une petite clé qui fait bouger le tout », précise-t-il encore.

L’artiste italien questionne les départs, il plante ses « patrons » comme des arbres de Judée afin qu’ils s’envolent avec des oiseaux nomades. Ses dessins sont des maisons provisoires jetées dans la brise, des radeaux lancinants accrochés aux crêtes des appels plombés. Venant de loin, surgissant, un espace de pulsion crée un contraste entre les lignes et les plages blanches du papier. Elles semblent exister comme à l’avant d’elles-mêmes, à partir des coutures dessinées qui deviennent leur foyer.

Un dessin de l'artiste n’est pas uniquement une unité harmonique. Celle-ci émerge à travers des ruptures : temps de l’oeuvre dans son ensemble, temps de l’exécution de chacune des pièces. Comme si là, Adami détruisait chaque pièce par la suivante, mais sans abolir la précédente. De telles oeuvres ne sont donc pas la récollection du souvenir. Et si l’artiste italien ramène au jour l’enfoui, c’est à son propre jour. Des laps violents apparaissent et disparaissent dans le souvenir du geste qui les a dessinés et retravaillés en un espace où différents degrés de lumière glissent et jouent par effet de dynamiques.

Il y a ce passage par où le regard du spectateur s’introduit. D’où sa question : suis-je où je vois là où quelque chose passe. ‘ Vois-je où je suis conscient de mon propre passage ‘. La réponse pourrait être celle-ci : l'art. Ou le corps dans l'art. Voir est une activité en devenir parce que l'oeuvre elle-même est une activité comparable. Á savoir, ressaisir sous le frémissement du passage l’avènement d’une rencontre dans le lieu où la genèse de la forme devient indissociable de celle de son espace. L’espace d’une oeuvre d’Adami est donc toujours en formation : lieu mouvant, esquisse fuyante mais irrécusable d’une rencontre à venir.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 4 janvier 2010)


Liens :
       Voir des toiles de Valerio Adami
       Visiter le site de la Galerie Templon