La recherche opiniâtre
de Claude Garache

Entretiens avec Claude Garache, avec Marie du Bouchet, Florian Rodari et Alain Madeleine-Perdrillat, 48 reproductions en couleur, collection Beaux-Arts, éditions Hazan, 28 euros.

par Alain Paire

Entretiens avec Claude Garache

Pour ce livre d'entretiens publié chez Hazan, trois amis du peintre, Marie du Bouchet, Alain Madeleine-Perdrillat et Florian Rodari ont interrogé à deux reprises Claude Garache dans son atelier parisien de la rue du Cherche-Midi. De menus allégements, un suivi éditorial extrêmement minutieux ont permis d'aller plus loin qu'une simple transcription.
Comme l'indique la préface, « Claude Garache a tenu à réécrire des phrases, à remplacer des mots, à choisir d'autres exemples, pour préciser toujours plus sa pensée ». La vive présence d'un grand format intitulé Yvie et Sauve affinait les débats de la seconde séance de travail. Cette toile, dont la reproduction figure dans la page centrale du livre, mesure 260 x 240 cm.

Avant que ne paraisse ce livre, Claude Garache ne s'était jamais directement manifesté dans le registre de l'écrit. Cet artiste n'est pourtant pas quelqu'un de silencieux, il est, en compagnie de son épouse Hélène, intensément présent dans tous les domaines de la vie quotidienne. Dans ces échanges, si l'on met à part de brèves évocations de la formation et des voyages de l'artiste ainsi que le récit d'une expérience cinématographique en compagnie de Kirk Douglas et Vicente Minnelli, on rencontrera très peu de renseignements susceptibles d'étoffer une éventuelle biographie. Les amis du peintre, ses rencontres avec Yves Bonnefoy, Jean Starobinski et Philippe Jaccottet, le soutien puis le retrait partiel des galeries Maeght et Lelong ne sont pas évoqués. Presque rien n'est proféré à propos des collectionneurs privés ou des institutions publiques. Le seul nom de critique d'art mentionné est celui de Dora Vallier parce qu'elle avait autrefois écrit que la peinture de Garache pourrait relever d'un art « post-abstrait ». Ce qui se transmet dans ce livre vise exclusivement les données d'une opiniâtre recherche, la solitude de l'atelier.

« Sans emprunt à quiconque »

De ce point de vue l'apport de ces pages est considérable, quelques-unes des interrogations que cette œuvre provoque sont clairement élucidées. Garache explique comment ses apprentissages de sculpteur l'ont irrésistiblement entraîné vers la peinture. Il raconte sans fable ni mythe comment ses choix l'ont porté vers le rouge et les modèles féminins. Alors que les courants dominants de son époque confluaient vers l'abstraction, Garache professait une immense admiration pour l'œuvre d'Henri Matisse (p. 70). Ce qu'il en dit pourrait ressembler à un autoportrait involontaire : « Toujours sans présupposé esthétique, très libre dans ses moyens, sans emprunt à quiconque, ce qui est rare dans cette longue période où le foyer parisien était d'une richesse et d'une diversité illimitées, qui permettaient tous les pillages et les croisements » ; « Matisse n'a jamais quitté la nature du regard, cherchant toujours une forme nouvelle pour traduire sa sensation ».

Lorsque Garache travaille dans son atelier, « aucune distraction n'est possible » : « j'avais besoin d'une réponse impérative du réel » ; « sous mes yeux, tout disparaît, hormis cette personne qui est là ». Beaucoup de science et de patience lui permettent de trouver en compagnie du modèle la pose et l'angle d'attaque qui conviennent : « je parle au présent de sujets permanents » ; « je ne veux pas de faux gestes par exemple. Je veux qu'il y ait une pesanteur, une suggestion de mouvement » ; « Il y a beaucoup de superpositions d'une séance à l'autre, quelquefois une infinité de séances » ; « il ne faut reprendre une oeuvre que s'il y a une piste qui s'ouvre »

Toutes les déclarations de Garache consignées dans ce livre induisent que son travail et ses choix n'auront jamais de cesse : « le nu est le sujet le plus conséquent à aborder » ; « il faut que ce lieu soit totalement consacré à cet engagement, qu'il ne s'y passe rien d'autre » ; « Au fond je n'ai pas besoin d'aller dans le paysage, je n'ai pas besoin de sortir de l'atelier, parce que j'ai ici toute la nature sous les yeux » ; « Avec cela que puis-je espérer de plus ? ».

Parmi les artistes francophones d'aujourd'hui, ils sont relativement rares ceux qui sont capables d'évoquer avec clarté et précision les enjeux de leur travail. Vincent Bioulès, Christian Boltanski, Eduardo Arroyo ou Gérard Traquandi sont quelques-unes des exceptions qui confirment cette règle. S'il faut trouver une rubrique pour ce livre consacré à Garache, je le rangerai parmi les meilleures archives orales de l'art contemporain.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 5 août 2010)

Ce recueil complète l'ouvrage collectif paru en 2006 sous l'enseigne de La Dogana où l'on trouve entre autres, des textes de Raoul Ubac, Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, Jacques Dupin, Jean Starobinski, Michael Edwards et Pierre-Alain Tâche.

En octobre 2010, la Galerie d'art Alain Paire 30 de la rue du Puits Neuf à Aix-en-Provence présentera une exposition de gravures ainsi qu’un poème de Florian Rodari, A voix nues, une édition originale de 80 exemplaires avec deux eaux-fortes et un bois gravé de Claude Garache, éditions de la revue Conférence.

Lire l'article complet (Galerie Alain Paire, Aix-en-Provence).