Redécouvrir Jacques Hérold,
1910-1887

Jacques Hérold, 1910-1987, musée Cantini, 19 rue de Grignan - 13006 Marseille (tél: 04 91 54 77 75), 10 oct. 2010 - 17 janvier 2011.

par Alain Paire

Jacques Hérold naquit dans la ville de Piatra en Roumanie, le 10 octobre 1910. L'exil loin de son pays natal dès 1930, Yves Tanguy et André Breton, les rues, les cafés et les ateliers de Paris, l'amitié des peintres et des poètes, Benjamin Péret, Françis Lemarque ou bien Sylvain Itkine, l'Exposition internationale du surréalisme de 1947, Gracq, Ponge, Butor, Rodanski et les éditions du Soleil Noir figurent parmi les étapes et les personnages de son parcours. Bucarest, Paris, Marseille et Lacoste en Luberon délimitent les lieux majeurs de sa trajectoire.

Très exactement un siècle après sa naissance, le 10 octobre 2010, le musée Cantini de Marseille inaugurera à propos de Jacques Hérold une grande exposition monographique. Le rez de chaussée et les étages du 55 de la rue Grignan réuniront jusqu'au 17 janvier 2011 une centaine de tableaux et de dessins, des photographies, des lettres et des éditions originales pour la plupart issus d?une collection privée.

Très jeune, Jacques Hérold se voulait peintre. L'avant-dernier d'une famille de six enfants suit à Bucarest en même temps que les cours de son lycée, des cours de Beaux-Arts pour lesquels il obtient une bourse. Il publie des dessins dans une revue d'avant-garde de son pays qui s'appelle Unum où l'on trouve des travaux pionniers de Victor Brauner, d'Ilarie Voronca et de Claude Sernet. Son rêve le plus profond est de partir vivre à Paris. Il couche sur le pont d'un bateau qui remonte le Danube pendant cinq journées jusqu'à Vienne, il arrive à Paris en juillet 1930.

Hérold vivra longtemps de petits boulots abominablement précaires : il est plongeur et aide-cuisinier dans de mauvais restaurants, il confectionne de grands panneaux publicitaires qui annoncent chaque semaine les programmes de cinéma. Incapable de payer son loyer, il change plusieurs fois de domicile. Dans une chambre des Gobelins, il dessine énormément, il peint sur de vieux draps ses premiers écorchés. Son amitié pour Yves Tanguy qu'il rencontre en 1932 est décisive : elle confirme ses intuitions, son surréalisme à l'état sauvage.

Yves Tanguy avait pour adresse le 23 de la rue du Moulin-Vert ; Victor Brauner habitait au-dessous de son logement. Tanguy présenta Jacques Hérold à André Breton en 1934, Eluard choisit l'un de ses dessins pour la parution à Bruxelles de la revue Documents 34 que Stéphane Cordier dirigeait. Parmi ses meilleurs amis du groupe surréaliste, il y eut le plus intransigeant et le plus engagé d'entre eux, « l'impossible » Benjamin Péret qui lui offrit sous l'enseigne de Kra, Il était une boulangère, avec une dédicace griffonnée le premier août 1936, quelques heures avant son départ pour l'Espagne : « A Jacques Hérold avec cette légère brume qui accompagne l'homme tombant dans un escalier. Amicalement, Benjamin Péret. ».

Celui qui se désignait comme un « paysan du Danube » devint un irremplaçable témoin : ceux qui l'ont connu soulignent qu'il fut un magnifique conteur. Il participe aux réunions du café de la Place Blanche, confectionne des cadavres exquis, se passionne pour la revue Le Minotaure qui lui donne à découvrir Brassaï et Man Ray. Il lui arrive de fréquenter Arthur Adamov, Raoul Ubac, Gilbert Lely, Léo Malet, Gaston Ferdière et Marcel Duchamp. Hérold aperçoit le peintre dont l'oeuvre le fascinait dés sa jeunesse en Roumanie, Chaim Soutine, à propos duquel il confiait à Sarane Alexandrian que « c'était un homme d'une telle inquiétude qu'il faisait presque peur. Il était toujours tremblant ! »

Arrivent la guerre et ses terribles menaces. La situation personnelle d'Hérold est totalement irrégulière, ses origines sont juives, les intellectuels qu'il fréquente sont souvent des militants ou bien des sympathisants de l'extrême-gauche : il lui faut se hâter de quitter Paris et tenter de partir hors de France. Yves Tanguy est un exemple qu'il peut méditer : son ami est arrivé aux Etats-Unis en novembre 1939, il expose sa peinture dans la galerie d'un ancien camarade de lycée qui s'appelle Pierre Matisse. Hérold se concerte avec le poète Robert Rius dont la famille vit à Perpignan. Sa traversée de la France est pénible, le voyage s'effectue en juin 1940. Le petit groupe d'amis qui se constitue, Hérold et sa femme Violette, le couple d'Oscar Dominguez, Brauner momentanément séparé de son épouse Jacqueline, Benjamin Péret et sa compagne Remedios Vario qui les rejoignent, ne trouvent pas un logement durable à Perpignan. Ils décident de louer une maison à Canet-Plage puis gagne plus tard Marseille.

« Un grand transparent »

Une fois terminée la longue nuit de l'Occupation, Jacques Hérold partagera son temps entre Paris, ses expositions dans la capitale ou bien à l'étranger, et puis Lacoste où il revenait régulièrement chaque été. Au propre comme au figuré, Jacques Hérold prend du poids, sa silhouette s'arrondit : il ne ressemblera plus au jeune homme longiligne qu'on aperçoit sur les photographies de la Villa Air Bel ou bien derrière les grilles de la Joliette quand depuis son bateau qui s'en va Marcel Duchamp fait des signes dans sa direction. En revanche et jusqu'au terme de sa vie, son accent et sa voix sont irrésistibles, son esprit d'insoumission, ses facéties, sa verve et son amour de la poésie ne connaîtront pas de relâche.

Pour son entrée dans le monde du marché de l'art, l'événement déclencheur fut l'Exposition internationale du surréalisme hébergée par Aimé Maeght en 1947. Hérold imagina pour cette confrontation L'autel du grand transparent, un plâtre androïde d'1 mètre 80 de hauteur qui sera plus tard coulé dans le bronze. Quelques mois plus tard, en octobre 1947, Christian Zervos lui propose de présenter dans sa galerie de la rue du Dragon,une exposition personnelle pour laquelle André Breton rédige un texte qui figure dans Le Surréalisme et la Peinture. Hérold expose pendant les années 1948 et 1949 à New York, San Francisco, Bruxelles et Wuppertal. Il sera présent aux grandes expositions internationales du surréalisme à Tokyo, Munich, Bruxelles ou Sao Paulo.

Parmi les nombreuses publications de Jacques Hérold on mentionnera qu'il participa avec Brauner en 1946 aux cahiers de La Révolution la Nuit qui fut une brève publication dont Yves Bonnefoy était l'instigateur. Son nom figure dans la quasi-totalité des numéros de la revue Néon (1948-1949) ainsi que dans l'Almanach surréaliste du demi-siècle. Hérold fut l'ami proche de Stanislas Rodanski et accompagna de ses illustrations des livres de Ghérasim Luca et de Jean-Pierre Duprey publiés par François Di Dio aux éditions du Soleil Noir. Il illustra des livres de Georges Bataille, de Tristan Tzara, de Gilbert Lely, du Marquis de Sade et de Michel Butor. Man Ray fit son portrait en 1962. L'un des derniers ouvrages qu'il accompagna de dessins s'intitule Dialogue de satin, son auteur Christian Tarting était édité dans la collection Ryoan-Ji d'André Dimanche.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 22 sptembre 2010)

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