Echos des minimalismes :
de Larry Bell à Jeppe Hein

Jeppe Hein / Larry Bell, Galerie Daniel Templon, 30 rue Beaubourg, 75003 Paris, 16 octobre - 31 décembre 2010.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Il y a deux générations d’écart entre Bell (né à Chicago en 1939) et Hein (né en 1974). L’aîné est un maître du minimaliste à coté de Donald Judd, Sol Lewitt, Tony Smith. Le second en détourne les codes, non de manière à les ridiculiser, mais afin de créer une suite de relations aussi ludiques que provocatrices en hommage à cette esthétique (toujours vivante) et plus particulièrement avec cet aîné (idem) qui est entré dans le jeu. Larry Bell explore à travers des sculptures cubiques une réflexion sur la lumière et la perception. Utilisant surtout le verre, il crée des structures transparentes et opaques dans lesquelles la frontière entre peintures et sculptures se brouille par les effets de volumes et de surfaces. Quant à Hein il ne s’agit pas de rendre hommage à une figure historique mais d’ouvrir avec lui une conversation plastique à travers des types d’expériences de synthèse visuelle.

Face à des images dans lesquelles l'effet de réalité joue à plein Bell comme Hein détruit le pouvoir contaminateur et proliférateur. Redoutables stratèges les deux renversent jusqu’aux règles de la géométrie pour en proposer une expérience des limites, loin de parti pris du type « esthétique pour l'esthétique » dans lequel le risque d'un débordement formaliste est toujours possible. Paradoxalement et en dépit des apparences Bell ne va jamais dans ce sens. Son jeu formel dérive (à bon escient) vers un autre plus essentiel. Hein met l'accent sur ce point et sur un travail « de douceur et de calme derrière lequel "la nuit galope" », comme l’écrit l’artiste. De la boîte hermétiquement close que représente le cube surgit une ouverture même si, en dépit d’elle, le regard implacable ne peut se mettre en état de voyeurisme.

Certes les deux artistes sont fascinés par le voyeurisme ; mais dans leur approche il ne peut être question que d'un voyeurisme déçu qui débouche sur une autre tension définit par Bell comme « une écoute ». Ses cubes proposent moins une « chose » qu’une « choséïté » (Beckett) de la lumière. Le cube n’est donc plus seulement un élément physique. Entre ses arêtes, le cube « éclate » tout en renvoyant uniquement à lui-même sans le moindre semblant de hors-champs.

Reste l’énigme d’un foyer en une sorte de figuration non figurative, neutralisée mais dans laquelle le cube lui-même devient un ouvre-boîte par lequel Bell comme Hein s’amuse mais de manière sérieuse et selon une trame implicite qu’on trouve dans « Quoi où ? » de Beckett où la voix didascalique d’un personnage – Bam – déclare : « J'allume (...) C'est pas bon.(...) J'éteins. (...) Je recommence (…) j’allume (…) j'éteins ». Le cube chez l’un comme chez l’autre tarit le possible en même temps que l'espace exténue ses potentialités. Et ce loin d’un mécanisme de l'émotion qui n’est pas forcément tuée mais est transportée à un autre niveau.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 23 septembre 2010)