Les paysages de Max Beckmann

Max Beckmann, Les paysages, Kunstmuseum, St-Alban-Graben 16, 4010 Bâle, 4 sept. 2011 – 22 janv. 2012.

par Alain Jean-André

L’exposition organisée par le Kunstmuseum de Bâle rassemble 70 œuvres de Max Beckmannn. Elles permettent de suivre un riche parcours chronologique, des lendemains de la Grande Guerre aux années qui suivent la seconde guerre mondiale. Dans ces travaux, le peintre de la « condition humaine » nous livre des œuvres plus intimes que ses grandes toiles composites, comme il le fait également dans ses portraits.

Certaines vues d’un paysage à travers une fenêtre font penser à Matisse. Mais le paysage représenté s’inscrit souvent dans un cadre qui évite les horizontales et les verticales. Dans Cabine de bain (1928) ou Scheveningen, à cinq heures du matin (1928), les obliques dominent, comme dans Paysage hivernal (1930). Sur ces toiles, on sent la volonté d’échapper à un cadre conventionnel. Qu’il représente la ligne d’horizon de la mer, des troncs d’arbres, des poteaux télégraphiques, les obliques donnent à la composition une dynamique, créent une atmosphère qui entraîne au-delà du réalisme.

Des toiles ont été peintes à partir de cartes postales, ce que montre très bien l’exposition. Beckmann ne se limite pas à une stricte reproduction. Dans Promenade des Anglais à Nice (1947), il réalise une composition par l’ajout d’un premier plan, un rideau qui descend en oblique à gauche, un personnage féminin vu de dos à droite. Ce paysage de la Côte d’Azur, qui atteste de sa façon de faire de la peinture, lui permet aussi d’évoquer discrètement une situation intime.

La toile Paysage au bûcheron (1927) qui met en avant des motifs d’un paysage -- fûts des arbres, frondaisons, une cabane --, cache presque le minuscule bûcheron. Ce procédé est employé dans d’autres compositions, par exemple Paysage au lac et aux peupliers (1924), qui montre une parenté avec Henri Rousseau. Plus que la nature, les toiles de paysages de Beckmann présente des scènes urbaines. La Nice à Frankfort-sur-le-Main (1921), La passerelle de fer (1922), Le port de Gènes (1927) donnent des images originales de la ville moderne.

Dans cette exposition, on voit que Max Beckmann représente d’une façon très particulière des paysages. Ce n’est pas un peintre réaliste, ni un peintre surréaliste, ni un peintre fantastique. En passant d’une toile à l’autre, on constate combien il côtoie la peinture de son temps, combien il est sujet aux influences de ses contemporains. Pourtant, dans ses toiles les plus abouties, il amène une tonalité qui lui est propre et qui dépasse largement son époque.

© Chroniques de la Luxiotte
(10 octobre 2011)

Lire un article sur l'exposition, Max Beckmann, un peintre dans l'histoire au Centre Pompidou à Paris (2002-2003)