Aperçu du dessin contemporain

Espace de destins / espèces de dessins, le 19, 19 avenue des Alliés 25200 Montbéliard, 15 octobre – 31 décembre 2011.

par Alain Jean-André

Aujourd’hui, le dessin prend des apparences très différentes. On se demande même, devant ce qui est présenté comme un dessin, s’il n’est pas complètement sorti de ses limites traditionnelles, s’il ne glisse pas vers autre chose. Le fait qu’il ait la cote dans le marché de l’art favorise la profusion du dessin contemporain. Cet essor atteste aussi de la vigueur et de la liberté d’une activité qui ne requiert pas la mise en œuvre de gros moyens. A priori, quoi de plus simple d’un dessin de téléphone ?

L’exposition de Montbéliard, qui propose les dessins de plus de quarante artistes, fournit un bel exemple de cette multiplicité. Quelle différence entre les dessins de Joël Kermarrec de l’ensemble Dame tartines, qu’accompagne « une légende qui fonctionne comme un haïku activant les potentialités fictionnelles et symboliques de la figure féminine » à ceux de Michael Patterson-Carver, qui rappelle par leur facture les dessins maladroits d’un enfant. Qu’ont en commun ceux, délicats et tout en finesse, de Thierry De Cordier, qui reflètent avec force un univers mental dans l’esprit de la tradition romantique, et ceux de Dan Perjovschi, proches de la facture du graffiti. Combien sont éloignées ceux de Lena Svedberg, représentée par des collages de bandes dessinées, et Months of Sunday, encre sur papier de récupération de George Widener.

Un sous-mains, sur lequel Jean Zuber a griffonné, dessiné, pendant ses conversations téléphoniques, aboutit à un foisonnement de lignes et de couleurs. Les dessins de Jean-Luc Jehan, eux, sont produits par des milliers de points sur d’épaisses feuilles de papier. On y sent la nostalgie des livres d’art à faible tirage. Jochen Gerner réalise des séries, de plusieurs manières, en particulier le caviardage, ce qui rend visible des stéréotypes. Quant aux travaux de Jonathan Callan, qui intriguent, ce ne sont pas vraiment des dessins : par grattage de pages illustrés, l’artiste isole, sur un fond presque blanc, un personnage, ce qui amène une atmosphère poétique, voire mystérieuse.

On le voit, les manières sont multiples, et cet article se limite à quelques artistes. C’est en passant de l’un à l’autre qu’on devient sensible à la diversité du dessin contemporain. Dans cette exposition, le choix résulte d’une invitation à Al Martin, artiste et collectionneur, qui présente quelques travaux personnels. Autrement dit, l’exposition, très riche, est loin d’être exhaustive. Elle permet de constater qu’aujourd’hui le dessin a cessé d’être un art mineur et a acquit une réelle autonomie.

© Chroniques de la Luxiotte (17 novembre 2011)

Deux revues sur le dessin contemporain :
     Frédéric Magazine
     Collection / revue du dessin contemporain