Don Jacques Ciccolini,
des nuages, du silence et des rochers

L'atelier du paysage, Don Jacques Ciccolini, dans trois lieux d'Aix-en-Provence : l'Atelier Cézanne, grâce à Michel Fraisset, le 200 RD 10 de Raymond Galle et la galerie Alain Paire, 30 rue du Puits-Neuf - 13100, Aix en Provence. (tél : 04.42.96.23.67), 10 mars - 30 avril 2011.

par Alain Paire

Don Jacques Ciccolini est né à Paris en 1952. Depuis la fin des années soixante, son atelier est situé à Pertuis, dans le Vaucluse. A propos de l'Ecole d'Art d'Aix-en-Provence où il enseigne la peinture, il se souvient volontiers des cours à la fois non-directifs et rigoureux qu'il suivait chez Vincent Bioulès. Bioulès rédigea une courte préface pour ses travaux de fin d'études, dans laquelle il identifiait chez Don Jacques Ciccolini son leit-motiv majeur, la très reconnaissable apparition d'une « gamme colorée précise, celle particulière à tout individu, ici restreinte et sourde ».

Don Jacques Ciccolini visita Ferrare et Bologne, effectua aussi souvent que possible des voyages en Italie qu'il plaça longtemps sous le signe double de Chirico et de Morandi. Après les natures mortes et les minimalismes de la jeunesse, ses toiles faisaient surgir de plus vastes espaces, des ambiances paradoxales, des architectures de ville avec de hautes terrasses, des fenêtres aveugles, des chimères et des places mystérieusement vides. D'autres mythologies hantaient son parcours. La fascination pour l'Orient, le romantisme des voyageurs de naguère, des montagnes calcinées et des arches détruites, des faubourgs exclus des grands mouvements de l'histoire, une chevauchée sur le lac de Constance ou bien encore le quai désert d'un appontement au bord d'une étendue d'eau alpestre aiguillaient son imaginaire..

Les reliefs d'une Provence avec peu d'habitations, la mémoire et l'aujourd'hui qui pérégrinent inlassablement, un horizon bleuté / moiré qui incite à reprendre la route, plus précisément les rives et les montagnes proches de la Durance ou bien les franges les plus arides de l'Estaque arriment ses territoires d'élection. Des bruns, des noirs, des verts, du brou de noix, des terres de Sienne et des ocres, la force du songe et l'entrée dans l'obscurité, des saisons de grande sècheresse, des cicatrices et des migrations, du silence et du devenir, Gustave Courbet ou bien Paul Guigou, les petits maîtres qui oeuvraient avant Cézanne, Emile Loubon, Marius Engalière et Prosper Grézy sont conviés sur des toiles où s'orchestrent toutes sortes de recouvrements, des réminiscences et des incertitudes.

Walter Benjamin l'écrivait, songeant à Proust ou bien à Pénélope, « c'est le jour qui défait ce qu'a fait la nuit ». Il y a la minute présente, les ombres qui nous poursuivent, la colère et l'inquiétude, les fossiles et les galets qu'on emporte pour approcher de très anciennes histoires, les rudesses du soleil, la joie, la frayeur ou bien l'oubli, tout ceci fermement tressé et doucement suspendu quand il s'agit de peindre, d'éprouver et de regarder.

Peindre et regarder sont des métiers que l'on habite profondément, où l'on ne cesse pas d'apprendre. On est arrivé ici depuis déja longtemps, on garde en mémoire le très fin sillage de la barque de L'Ile des morts d'Arnold Böecklin. On contemple une vieille bastide et des arbres qui frissonnent, une fumée d'usine qui dégorge son surplus au milieu d'une nuit étoilée. En amont de Saint-Paul-les-Durance, délibérément frontale, voici la falaise de Saint Eucher : des lumières qui déclinent, des vols d'oiseaux, des choucas ou bien de plus minuscules martinets, des crevasses, des arbustes et des orages, les remous d'un fleuve qui pourrait ressembler au Styx.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 7 mars 2011)

Liens :
Lire l'entretien avec avec Don Jacques Ciccolini.
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Catalogue de l'exposition : format 21 x 26 cm, une vingtaine de reproductions, entretien avec Don Jacques Ciccolini, texte de Pierre Paliard, DVD de François Lejault.Graphisme et maquette de Virginie Scuitto.