Une chambre intrigante

Chambre à tracer, Frank Morzuch, cour d'honneur, Musée d'histoire, 90000 Belfort (tél.: 03.84.22.84.22), 10 juin – 25 sept. 2011.

par Alain Jean-André

Le fait d’enlever ses chaussures pour entrer dans la chambre circulaire réalisée par Frank Morzuch n’a rien d’un rituel. Il est tout simplement destiné à ne pas détériorer le couloir peint de blanc qui cerne son installation, une lampe qui tourne au-dessus d’un lit de petits cailloux gris et blancs. En suivant la rotation de la lampe, on s’aperçoit que les galets de quartz ne sont pas disposés au hasard : des traits, des figures apparaissent, le spectateur attentif aperçoit bientôt le tracé d’une rose des vents balayé par le faisceau lumineux.

Frank Morzuch, Chambre à tracer Frank Morzuch, Chambre à tracer, Belfort 2011. Photo F. Morzuch  

Frank Morzuch maîtrise l’art de monter des constructions improbables, de tracer des figures en trompe l’œil. Qu’il utilise des bouts de papiers piqués sur des arbres, des alignements de cailloux dans une forêt ou des piquets au-dessus d’un plan d’eau. Depuis quelques années, il va plus loin qu’un jeu qui piège le regard. Á la suite de recherches sur les tableaux de Dürer, il est entré dans la symbolique des nombres, il flirte avec le vertige des carrés magiques, il réutilise d'anciens procédés de traçage. Une longue étude qui approche de sa fin et qui alimente son art.

Peut-être poursuit-il une quête qui amène un peu de clarté dans le chaos du monde ; peut-être est-il habité par un désir de déchiffrement et une sorte de grand rêve romantique ; peut-être est-il un veilleur silencieux, entre ombre et lumière, qui parcourt des chemins apparemment connus et retrouve d'anciens enseignements. On peut multiplier les hypothèses. Qu’importe. Son installation montre, avec brio, combien des moyens minimalistes conjugués à son érudition des tracés peuvent mener à un enchantement.

© Chroniques de la Luxiotte
(4 juillet 2011)

Lire un article qui en dit plus sur Frank Morzuch.

Cette installation fait partie d'une exposition en différents lieux qui présente des oeuvres de Livia De Poli, Thierry Géhin, Jacques Gschwind, Véronique Hubert, Aurélien Imbert, Yann toma, dans le cadre d'une exposition éclatée qui accueille aussi des oeuvres du FRAC de Franche-Comté, dans la ville de Belfort, intitulée Audace monumentale, aujourd'hui sculpter.