Des splendeurs fragiles

Les Architectes, Philippe Cognée, Galerie Daniel Templon, 30 rue Beaubourg, Paris (4°), 10 janvier - 23 février 2013.

par Alain Jean-André

Au moment où le musée de Grenoble lui consacre une première grande rétrospective, le peintre Philippe Cognée présente à la Galerie Daniel Templon à Paris ses œuvres les plus récentes. Comme dans une précédente présentation en ce lieu, ses toiles donnent une place majeure à l’architecture. On sait que « Philippe Cognée, en véritable anthropologue, s’est dès le début évertué à associer l’homme à son paysage et aux lieux qu’il habite », rappelle l’éditeur et critique d’art Djamel Meskache. Dans cette exposition, l’artiste confronte la figure humaine à l’architecture, avec peut-être moins de mordant que dans d'autres séries.

A partir de promenades virtuelles sur Google Street View, Philippe Cognée transforme des façades anonymes et pixellisées de villes de différents continents en maisons énigmatiques. Ses « portraits de maison » renvoient à une galerie de portraits plus classiques. La spectaculaire maquette en marbre d’une « ville matrice » constitue, elle, une des rares installations de l’artiste. Si elle entraîne le spectateur au voyage dans des lieux connus, elle rend en même temps ces lieux étranges. On retrouve ici la manière de l’artiste qui transforme des images banales en paysages poétiques.

Depuis vingt ans, Philippe Cognée tourne autour des possibilités de l’épuisement de l’image. Il emploie une technique assez particulière. Partant de la photographie, voire d’une image vidéo, il altère les effets traditionnels de la peinture par application de cire chauffée sur la toile. Au-delà de ce qu’on peut considérer comme des thèmes (architectures urbaines, vues aériennes, supermarchés, usines de recyclage, etc.), Philippe Cognée construit une vision de notre monde en retrait, pour ne pas dire, dans certains cas, celle d’un extra-terrestre. En même temps, il rend sensible l’extrême fragilité des constructions architecturales, même monumentales. Qu’elles concernent de simples immeubles ou des édifices sièges du pouvoir, ses toiles mêlent habilement des manières presque hyperréalistes, ou plutôt qui rappellent des peintures hyperréalistes urbaines, aux marques de la dégradation, ou de la dégradation qui vient. Philippe Cognée rend ainsi visible des splendeurs fragiles, et rend sensible aux mirages de notre temps.

© Chroniques de la Luxiotte
(7 févier 2013)




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