[ Luxiotte ] Entretien avec Thierry Fournier : la Harpe d'Eole
Entretien avec Thierry Fournier

propos recueillis par Alain Jean-André


Thierry Fournier a publié une série de livres remarquables à l'enseigne de la Harpe d'Éole. A une époque où les textes, même littéraires, sont en train d'être numérisés et de migrer en partie sur les écrans, je lui ai posé quelques questions sur une expérience dont il est bon de parler aujourd'hui. Elle nous rappelle le travail de Gutenberg, qui marqua une révolution en son temps, à une période où nous vivons probablement une révolution comparable (ce qui ne signifie pas forcément la fin du livre imprimé).

A.J.-A. Tu as imprimé plusieurs livres en typographie, à la Harpe d'Eole et sous une autre enseigne auparavant. Comment et quand en es-tu venu à pratiquer la typographie ? En suivant quelle formation ou quelles étapes ?

L'aventure - la modeste aventure - a commencé en 1979. À l'époque j'étais étudiant à Nantes et je fréquentais une librairie, aujourd'hui disparue, qui se trouvait en face de l'École des beaux-arts. Le libraire, qui par la suite est devenu un ami puis un associé, a lancé, sous forme d'association à but non lucratif, la revue et les éditions du Nadir (rien à voir avec les éditions actuelles qui portent le même nom). Il acheta une simple presse à épreuves typographique et des polices de caractères, et il s'initia à la typo dans une pièce de son appartement, demandant parfois conseil à un imprimeur de Clisson et travaillant des livres techniques sur la question.
Quelques mois plus tard, je fis moi-même mon apprentissage avec lui. C'était une pratique rudimentaire de la typo, avec un matériel assez sommaire (la presse à épreuves Jud permettait quand même de régler la pression), mais ces contraintes nous forcèrent à faire preuve de débrouillardise et de patience. Le résultat fut assez probant pour qu'Olivier Germain-Thomas nous invite à son émission Agora sur France-Culture (je ne me souviens plus de la date, c'était entre 1981 et 1983). Cette émission nous valut plusieurs centaines de courriers. Je présentai aussi un dossier de candidature à la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet pour la Vocation et fus l'un des trente-deux lauréats en décembre 1984… J'étais étudiant en 1979, disais-je. Mes études de psychologie m'avaient bien préparé à l'étude de caractères, vois-tu, mais je ne savais pas qu'il s'agirait de caractères de plomb.

A.J.-A. Peux-tu brièvement nous raconter l'histoire de la Harpe d'Eole ? Quel était ton projet d'édition ? Quelles particularités ces livres présentaient-ils ?

À la fin de mon aventure avec les éditions du Nadir, en 1985, alors que nous habitions encore sur l'île d'Yeu, je conservai les outils typographiques et jouai les premières notes de la Harpe d'Éole, dessinant son enseigne à partir d'une vignette extraite du Champ fleury de Geoffroy Tory, un livre daté de 1529. L'atelier fut d'abord installé dans le garage, à l'île d'Yeu, puis dans un pigeonnier de la maison où j'emménageai par la suite, dans le Nord-Aveyron. Les feuilles imprimées étaient mises à sécher sur une grande natte, à même le sol. Quant au projet et aux particularités des livres que je composais, le mieux serait peut-être que je te relise l'acte de naissance de la Harpe d'Éole, tel que le reçurent ses lecteurs :

« À la Harpe d'Éole, nous fabriquons des ouvrages où se marient harmonieusement œuvre écrite et typographie artisanale, étant donné que cette dernière se doit avant tout d'assurer la beauté plastique du texte, se mettant ainsi au service de l'auteur comme du lecteur. C'est lettre de plomb après lettre de plomb que nous composons à la main, page par page que nous imprimons sur une presse à épreuves, volume après volume que nous relions "à la chinoise" avec un fil et une aiguille. Nous concevons les mises en pages avec soin ; nous prenons le temps qu'il faut, de tout notre cœur. Aussi, nous publions peu de titres par an et nos tirages uniques sont limités à 111 exemplaires numérotés. 21 exemplaires hors commerce servent de dépôts légaux, de rétribution pour l'auteur et de rares services de presse, tandis que nous vendons les 90 autres par correspondance. Qu'ils soient des originaux, des traductions ou des adaptations, qu'ils soient inédits ou non, les poèmes, essais, contes, récits et œuvres graphiques que nous publions à l'enseigne de la Harpe d'Éole restent la propriété des auteurs ou des ayants droit. Depuis le solstice d'été 1985 nos livres, format 19 x 24, constituent les tomes d'une anthologie. Nous choisissons des textes dont l'écriture témoigne d'un cheminement intérieur et grâce auxquels les écrivains, évoquant leur situation au monde ou leur expérience et vision du monde, peuvent éveiller chez leurs lecteurs l'écho d'un cheminement analogue. En publiant nous prenons part, de concert, à ce profond courant d'échanges. Au-delà de l'indispensable valeur stylistique et de la lisibilité, les textes doivent être d'une grande force d'expression, susciter un sentiment religieux, c'est-à-dire nous inciter à nous aventurer toujours plus loin dans la vie si surprenante, si dramatique, si divinement merveilleuse - pour qu'en vibre encore et encore "la note unique mais riche d'harmoniques infinies." »

A.J.-A. Peux-tu nous présenter certains livres que tu as composés ?

Plutôt que de répondre à ta question en parlant des livres, je préfère évoquer les échanges amicaux dont chacun d'entre eux fournit l'occasion. Parmi ces rencontres, citons :

James Broughton (1913-1999), poète et cinéaste américain dont j'éditai Vraie & fausse licorne, une sorte de pièce de théâtre poétique que j'ornementai avec des illustrations médiévales grâce au procédé de la photogravure (les plaques métalliques étaient collées sur des morceaux de bois afin qu'elles soient à la même hauteur que les caractères typo). James est venu à l'île d'Yeu, puis nous avons régulièrement échangé quelques nouvelles à travers l'Atlantique jusqu'à son décès. Un peu de ses cendres sont enterrées dans mon jardin, sous des bulbes de narcisses-du-poète.

Jean-Olivier Héron, quant à lui, habitait et habite encore l'île d'Yeu. Mais c'est après mon départ pour l'Aveyron que je lui proposai d'éditer la Très belle aventure du commandant Couche-Tôt, un conte pour enfants plein de tendresse et de finesse, plein d'espoir aussi, qu'illustra Manne, une de ses filles. Ancien responsable de Gallimard-Jeunesse, Jean-Olivier Héron créa les éditions du Gulf Stream.

Avec Vahé Godel, universitaire suisse traducteur de l'arménien, la Harpe d'Éole réalisa deux ouvrages : Prières de Grégoire de Narek (Xe siècle), suivies de Poèmes d'amour de Nahabed Koutchak (XVIe siècle), livre qui reçut une illustration enluminée au pochoir, exemplaire après exemplaire, par Nathalie Couderc et Christine Menguy ; et l'Or de la terre, de Daniel Varoujan, poète arménien lui aussi, qui fut assassiné par des Turcs en 1915.

Richard Chambon, poète dans la vie comme par la plume, est venu dans l'Aveyron où la Harpe d'Éole s'était posée, avec son fils Alexandre alors âgé de cinq ans. Entre deux baignades dans les torrents et les jeux avec les petits voisins du hameau, Alexandre réalisa les illustrations des poèmes de son père, Mes Bethléems, peu de temps avant leur douloureuse séparation.

Bien sûr, je n'ai rencontré Alan Watts (1915-1973) que par l'intermédiaire de ses livres, mais, à l'occasion de la traduction inédite de Deux essais sur l'expérience spirituelle, je contactai un lecteur de la Harpe d'Éole, Pierre Lhermite, lui aussi amateur du « philosophe en liberté » et auteur d'un livre sur lui aux éditions de la Table ronde, qui accepta de préfacer l'ouvrage. C'est aussi grâce à Alan Watts que je fis la connaissance de James Broughton, dont il parle dans ses Mémoires.

Et voilà que je m'adresse à toi, Alain Jean-André. La Harpe d'Éole publia en 1987 ton recueil Du côté des montagnes bleues, illustré de gravures de Thomas Bewick (1752-1828). Sur la couverture, j'ai colorié à la main en bleu la ligne des montagnes à l'horizon et, à la page de colophon, le numéro d'exemplaire fut imprimé en cette même couleur. Depuis, tu as créé les Chroniques de la Luxiotte auxquelles tu me fais participer. Mais ça, c'est une autre histoire ; à toi de la raconter un jour

Tous ces livres sont épuisés depuis belle lurette. On peut cependant les consulter chez quelques collectionneurs ou, plus sûrement, à la Bibliothèque nationale où les dépôts légaux ont été effectués en bonne et due forme.

A.J.-A. Quel a été l'accueil des livres que tu as édités ? Ton travail a-t-il eu des échos dans les revues, la presse, les médias ? As-tu eu l'occasion de présenter tes livres dans des librairies, des bibliothèques, des salons du livre ?

Des amateurs et clients fidèles se sont attachés à la Harpe d'Éole. Certains, malgré les années, sont encore en correspondance avec moi. Quelques rares bibliothèques municipales possèdent certains ouvrages de la collection. Olivier Germain-Thomas, avec qui je suis toujours en contact, m'a convié à un entretien sur la Harpe d'Éole, au cours de son émission Agora sur France-Culture, le 13 avril 1988. Des articles de présentation ont paru dans les journaux régionaux Presse-Océan et Ouest-France, reflets de ma présence à l'île d'Yeu, puis de la Dépêche du Midi et de Centre-Presse lors de ma présence en Aveyron. Des articles ont paru dans le quotidien arménien Haratch, basé à Paris, et dans un journal d'Erevan lors de la publication des traductions de Vahé Godel.

Peut-être y a-t-il eu d'autres informations qui circulaient sur mon travail typographique, mais je l'ignore et je n'y attachais pas une grande importance. Des revues, comme Filigrane, l'évoquèrent aussi. Enfin, peu de temps avant la fin de l'aventure, une vitrine de la librairie La Hune fut consacrée à mon travail, à Paris, en septembre ou octobre 1988 (je n'en ai conservé qu'une photographie non datée). En réalité, j'ai toujours été un mauvais attaché de presse et un piètre commerçant, bref un sauvage dans ces domaines. Saint Jean Porte-Latine, le saint patron des imprimeurs et des typographes, a eu pitié de moi quand il m'a fait prendre une autre voie, après que j'ai dû quitter mon atelier-pigeonnier juché parmi les frênes et les châtaigniers.

A.J.-A. As-tu été en relation avec d'autres typographes-éditeurs ? Que t'ont apporté ces échanges ? Comment définirais-tu le travail de typographe ?

J'ai surtout eu des échanges avec deux typographes : Thierry Bouchard, installé en Côte-d'Or, et Jean Le Mauve, installé dans l'Aisne. Tous les deux m'ont reçu avec grande sympathie et une simplicité toute corporatiste. Peut-être les typographes, bons vivants et des livres plein la tête, proviennent-ils d'une même fonderie de caractères !

Le beau matériel que possédait Thierry Bouchard m'a beaucoup impressionné. Son atelier d'imprimeur, bien qu'il sentît bon l'encre et la graisse des machines, était propre, lumineux, avec juste assez de désordre pour qu'on y retrouve son matériel sans perdre de temps, tout en pouvant admirer au passage une gravure, une page composée sur le marbre ou les croquis préparatoires d'une couverture. Il possédait des polices de caractères assez rares, qu'il avait récupérées lors de la fermeture d'imprimeries ici ou là, et même les poinçons grâce auxquels il pouvait fondre de nouvelles lettres quand le plomb des anciennes s'était érodé à l'usage. Chez Jean Le Mauve, nous entrions dans un monde artisanal assez proche du mien. Son atelier se trouvait dans le jardin ; quand je lui rendis visite, il me fallut marcher sur des planches pour ne pas m'embourber dans les allées tant il avait plu durant les jours précédents. En plus de ses activités liées à ses éditions de l'Arbre et de quelques « travaux de ville», il assurait des présentations de l'art typographique dans des écoles et des bibliothèques, et lors des fêtes du livre. Ma fille, à qui j'avais appris à lire en partie dans le Bestiaire de Jean Le Mauve, fut elle aussi ravie de le rencontrer - ravie et intimidée.

De Christian Laucou, typographe parisien des éditions du Fourneau, que je ne rencontrai qu'une fois assez rapidement, je n'ai conservé qu'un livret de petit format, plein d'humour, envoyé pour le nouvel an 1986. Et des éditions Subervie à Rodez, je ne connais que l'époque de leur restructuration (c'est un mot à la mode aujourd'hui) ; elles vendaient leur matériel ; c'était au-dessus de mes moyens, de mes ambitions et de mes capacités bien sûr, mais la personne qui me reçut me fit visiter les vastes locaux et m'offrit, telles de saintes reliques, un vieux composteur en bois qui avait beaucoup servi.

Mon texte l'Attrape-science, paru aux éditions Thierry Bouchard en 1982, décrit mon amour de la typo (un attrape-science, dans le jargon du métier, c'est un apprenti). Il se trouve au sein du recueil Dans la forêt du monde (quelques exemplaires sont encore disponibles aux éditions Accarias-l'Originel). Quant à mon texte intitulé la Harpe d'Éole, dans le recueil la Mise à nu (disponible aux éditions Altess), il raconte un peu la vie et l'aventure de la petite maison d'éditions ; en proviennent les extraits « Curriculum vitæ », « le Pigeonnier du typographe » et « l'Arrivée du courrier », mis en ligne dans les Chroniques de la Luxiotte.

Un proverbe apocryphe, en cours chez les typographes, définit le métier en quelques mots : « Typographier, c'est espérer faire bien lire. » Oui, c'est un art à part entière, qui fait travailler et le ciboulot, et les mains, et le regard : lire et comprendre ce qui s'écrit même entre les lignes, trouver parfois des astuces pour réaliser des mises en pages difficiles en jouant sur de petites lames de plomb d'un tiers de millimètre, atteindre à un équilibre harmonieux entre espaces blancs et espaces gris selon le type de lettres. Ajoutons à cela une certaine aptitude à la contemplation. Un vrai travail de bénédictin ! D'ailleurs les monastères ont souvent eu et certains ont encore des imprimeries, même si les moyens techniques sont aujourd'hui des plus modernes. Bref, essayer de bien faire lire un texte, le rendre lisible, c'est exaltant, et c'est un tantinet magique.

A.J.-A. Quand et pourquoi as-tu arrêté de pratiquer la typographie ? Est-ce que tu le regrettes ? Qu'est-ce que t'a apporté cette expérience ?<:p>

J'ai progressivement mis fin à mes activités typographiques entre la fin de l'année 1989 et le début de l'année 1990. Cela coïncidait avec un changement de vie pour moi : déménagement, etc. Et, comme je te l'ai déjà dit, je n'ai pas la bosse du commerce. Il y a une allusion au destin de mes vieilles lettres de plomb dans mon poème en prose la Gardienne des Nymphéas du recueil le Crève-songe (paru aux éditions Accarias-l'Originel en 2002) et, en lisant l'Œil du paysage (paru aux éditions Éolienne en 1996), on peut comprendre l'atmosphère dans laquelle eut lieu ce renoncement, et ce même si je n'en parle pas directement. Il aurait fallu que la Harpe d'Éole prenne de l'ampleur et fasse sa métamorphose, et je n'ai pas fait ce choix.

Remarque, je ne le regrette pas. C'est aussi pour fuir une certaine routine que j'ai coupé le cordon ombilical qui me retenait à mes casses et à l'odeur de l'encre qui crisse sous le rouleau. Ce fut une époque, ce fut une étape. Enrichissante, certes, valorisante et apportant de nombreuses satisfactions, mais une simple étape dans un itinéraire dont je ne connais pas encore parfaitement la destination.

Si je n'ai pas de regrets, par contre je ressens parfois une certaine nostalgie pour ce travail lent et cet objet, le livre, que l'on pouvait regarder, toucher et soupeser. Les années ont passé, mais je suis resté typographe dans l'âme et dans l'œil, et je tiens à conserver ce titre de typographe, en espérant toujours le mériter, ne serait-ce qu'à titre honorifique. Aujourd'hui, quand je regarde mes livres, j'y remarque des fautes de goût, un manque de maturité et autres preuves de ma méconnaissance de toutes les règles de l'art, voire des coquilles, que je ne commettrais plus si je devais reprendre le métier. Cela me prouve que je n'étais pas allé jusqu'au bout de mon initiation. Cependant, pour souligner les points positifs, qui sont nombreux, je dirais que j'ai appris à mieux regarder, à mieux prendre patience et même à mieux lire. En effet, à force de fréquenter la pensée de quelqu'un lettre après lettre, je finissais par en découvrir les talents et les faiblesses, les manières et les tics, et à deviner là où il voulait en venir, à le comprendre d'une autre façon. Vois-tu, comme il existe des lectures littérale, orthographique, analogique, etc., il existe sans aucun doute une lecture typographique. N'oublie pas l'œil de l'étudiant psychologue clinicien, que j'évoquais au début de notre entretien : grâce aux caractères de plomb, je suis revenu aux caractères des hommes, du moins à ceux des écrivains ou des poètes dont j'ai saisi la parole et avec lesquels j'ai composé.

A.J.-A. Conseillerais-tu aujourd'hui à un jeune étudiant, inscrit par exemple des Beaux-Arts, de pratiquer la typographie ? Pourquoi ?

Oui, bien sûr, mais à certaines conditions. Oui, parce que manier les lettres de plomb serait, pour l'étudiant en question, un moyen simple et concret de parfaire son apprentissage du regard. Pour cela, cependant, il lui faudra être humble, car les mises en pages complexes, fofolles, où son ego s'en donnerait à cœur joie, joueraient en défaveur du texte (à l'image de ces écrivains qui passent outre les règles de la ponctuation pour suggérer des rythmes que leur plume s'avère impuissante à transmettre). S'il est humble, il saura s'effacer derrière les textes qu'il sert, il saura se mettre à leur service. Et s'il est un tantinet contemplatif, pas trop atteint par les cadences trépidantes, il trouvera bien des richesses dans ce temps qui s'écoule à la cadence des lettres tombant dans le composteur. À ces conditions, la typo lui procurera bien des joies.

C'est vrai que je souhaite aussi beaucoup d'attrape-science pour l'avenir, afin que cette technique, fruit de l'inventivité humaine, ne se perde pas tout à fait, comme bien d'autres outils qui ne trouvent plus leur place que dans les musées. Le monde virtuel de l'électronique, dans le domaine de la mise en pages et de l'imprimerie, est pratique et ingénieux, et je suis le premier à les utiliser et à en bénéficier en tant qu'auteur. D'ailleurs, je n'ai pas à convaincre dans ce domaine le créateur et l'animateur de la Luxiotte, n'est-ce pas ? Mais il faut garder les pieds sur cette bonne vieille terre. Les typographes aiment les choses de ce monde, un bon repas entre amis arrosé de vin rouge de pays, un vin qui brille dans leurs yeux, et la lecture d'un poème ou l'exhibition d'une gravure font leur plaisir ; tandis que ce qui fait rougir les yeux des informaticiens et autres graphistes, c'est la luminosité des écrans d'ordinateur. Avec l'informatique, tout paraît plus simple, à la portée du premier venu. C'est une illusion. Il suffit de voir les résultats que cela donne dans l'édition contemporaine. Un œil non éduqué ne fera jamais de miracles, ni sur la galée, ni sur le clavier. Heureusement, il y a des exceptions. J'ai ainsi rencontré un jeune éditeur, Xavier Dandoy de Casabianca, diplômé des Arts décoratifs, qui se dit lui aussi typographe avec raison, bien qu'il n'ait pas de presse, ni de plomb. L'esprit de la typographie souffle dans les ouvrages de ses éditions Éolienne, où sobriété et inventivité font bon et beau ménage.

Mais je ne voudrais pas abuser de ton temps. Ai-je été assez clair ? L'art des lettres sera toujours nécessaire. Nous aurons toujours besoin de mieux apprendre à lire.

Propos recueillis en novembre 2003.

Documents photos du dossier :
     Photos de l'impression d'une page en typographie
     Couvertures et pages des éditions la Harpe d'Eole