A Strasbourg, come back de J.-P.K

Poëmes de la noirceur de l'occident, Jean-Paul Klée, bf éditions.

par Alain Jean-André

Le titre du livre (militant, insistant) : Poëmes de la noirceur de l'occident, peut écarter le lecteur pressé. Dommage : il passe à côté d'un livre-événement, une danse des mots et des phrases, incongrue, grotesque parfois, mais un ton toujours vrai. Des récits, des petits riens, des rencontres écrits dans une langue merveilleuse (un vocabulaire de contes d'enfants parfois), et des colères, des drames, des coups de gueule – contre la noirceur de l'Occident.

En fait, ce nouveau recueil de Jean-Paul Klée comporte deux livres différents (ou deux versants) : d'abord, l'éboueur ébloui (sous-titre évocateur), 65 poèmes soit les deux tiers du recueil, qui forment un époustouflant journal, du 16 juillet au 24 septembre 1997 (3 mois). L'auteur y déploie une écriture éblouissante de maîtrise, fantaisie, liberté et simplicité – une écriture proche, immédiate. On y trouve une évocation enchantée du monde (le rêve de l'enfant intact), des chroniques hilarantes ou pathétiques, une évocation des mille problèmes, misères de celui qui vit avec un r.m.i.

Ensuite, deux autres parties plus graves : l'i.n.n.o.m.m.a.b.l.e qui comprend un long poème de 1994 : Retour au Struthof (où le père du poète est mort pendant la guerre) et un final : on se demande comment tout cela va finir ? pot pourri final, qui joue sur deux (au moins) sens, évoquant et la mort récente de J-P. Schneider, un poète alsacien, et – long, beau poème –, une rencontre avec William Cliff, à Strasbourg. On perçoit dans cette partie (ce versant) tout ce qui manque à une existence et, peut-être, ce qui a fait (osons ce vieux mot) un destin.

Lire Jean-Paul Klee aujourd'hui, c'est vraiment entrer en contact avec  un des plus vibrant poète de notre fin de siècle. Une écriture vraie, pathétique, baroque, puissante, enchanteresse, irradiante (ah ! l'action de ces atomes-là, à l'opposé d'autres). La Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars a ouvert ce siècle en poésie, les Poëmes de la noirceur de l'occident de J.-P.K. nous offrent un éclatant bouquet final. Par sa création langagière, Jean-Paul Klee, parti des rives de la Loire – combien pleines de sens en poésie – déplace le centre de gravité de la langue poétique française vers le Rhin. Du coup, il devient un fabuleux constructeur de l'Europe avec son écriture. On ne voit pas ça tous les jours.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 30 juillet 1998)

bf éditions, 14 rue Sainte-Hélène, 67000 Strasbourg France.



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