Quête de Méroé, quête du roman

Méroé, d'Olivier Rolin, Seuil.

par Alain Jean-André

Voici un roman qui nous promettait, avec son titre, un dépaysement (bien que les écrivains peuvent nous réserver des surprises) Songez : le Soudan, Karthoum, « les deux Nils (qui) se rejoignent pour former le fleuve des rois et des dieux morts », Juba, Malakal, Dongola et bien sûr Méroé. Un pays qui touche l'Egypte, l'Ethiopie, le Kenya, le Zaïre, et d'autres pays. On pouvait s'attendre à je ne sais quel écho de vieux romans des années 30, mais avec un autre éclairage, une force renouvelée. Le romancier n'a-t-il pas toute liberté ?

Que nous conte le narrateur de l'hôtel des Solitaires à Khartoum ? Il entreprend un long récit, savamment désordonné, de ce qui vient de lui arriver. Ainsi on apprend par bribes l'histoire de l'archéologue allemand Vollender. Il vient de l'ex-R.D.A., il a peut-être été espion ; surtout il effectue des fouilles décisives à Méroé et veut transmettre son trésor de découvertes à sa fille. Un aspect du livre intéressant, romanesque dans une bonne tradition.

Mais on apprend aussi pourquoi le narrateur est parti un jour pour Karthoum. Il le fait en évoquant ses amours avec Alfa qui l'a quitté, puis avec Dune enfin avec Else. Cet aspect du livre, qui pourrait être passionnant puisqu'on y parle passion et plutôt décevant, ennuyeux. De même que le fait que le narrateur se prend pour Gordon assiégé, un siècle plus tôt. On ne se dit même pas que ce type est un mythomane, il a tellement d'intelligence : on pense plutôt à quelque chose de médiocre.

Du coup, c'est le roman en entier qui est remis en cause. Il y avait sans doute une histoire à conter, celle de l'énigmatique archéologue allemand. Il y avait sans doute une construction plus abyssale à élever. Mais elle est court-circuitée par l'autre aspect du livre. Cela donne au total un roman assez décevant.

© Chroniques de la luxiotte
(Mis en ligne en octobre 1998)