Les Anneaux de Saturne

Les Anneaux de Saturne (Die Ringe des Saturn), de W.G. Sebald. Traduit de l'allemand par Bernard Kreiss, Actes Sud et folio.

par Alain Jean-André

W.G.Sebald est né en Allemagne du Sud, à Wertach, en 1944, mais il vit depuis une vingtaine d'années à Norwich, une cité du sud-est de l'Angleterre. Depuis cette ville, il a entrepris de voyager à pied dans la campagne environnante jusqu'à des localités endormies et oubliées de la côte, et son voyage est devenu, à partir d'une situation assez désolée du présent, une véritable plongée dans l'épaisseur d'époques complètement oubliées.

Le présent, ce sont des villages ou des petites villes désertes, abandonnées au bord des flots de la mer du Nord ; aussi de grandes maisons qui paraissent figées dans la vie du passé, des rencontres d'êtres singuliers ou de personnes qui mènent une vie sans relief. L'auteur relate également une tempête qui ravagea la région et abattit une grande quantité d'arbres (l'ouragan du 16 octobre 1987). Mais les pérégrinations dans ce monde rude l'amènent à évoquer de multiples histoires et rêves évanouis dont il ne reste rien, sinon des signes devenus illisibles, qui sont en train de complètement disparaître.

Ainsi évoque-t-il le souvenir des oeuvres fantastiques de Thomas Browne ou commente-t-il le tableau La leçon d'anatomie de Rembrandt. Il croise le destin de Joseph Conrad en route pour le Congo ou celui du poète Edward FitzGerard. Il fait aussi allusion au Chateaubriand des Mémoires d'Outre Tombe. Ses méditations érudites au sujet de ce territoire anglais le conduisent sur la route de la lointaine Chine. Il raconte alors la manière dont la culture du vers à soie s'est répandue jusqu'en Occident, Italie, France, Angleterre, Allemagne, et révèle au lecteur l'importance et la vigueur d'une activité oubliée aux yeux des hommes d'aujourd'hui.

« Les anneaux de Saturne sont constitués de cristaux de glace vraisemblablement mêlés à des particules de météorites ... Sans doute s'agit-il de fragments d'une lune plus ancienne ». Cette citation de l'Encyclopédie Brockhaus donne une image de la manière dont est construit ce livre. Les plongées dans le passé tentent d'approcher des lunes disparues, de les évoquer comme on réalise une esquisse, en donnant au lecteur le sentiment de ce qui s'est volatilisé. Ce n'est pas le pessimisme ou la nostalgie qui dominent, plutôt un constat neutre, gris, plus fort que d'insistantes réflexions. Une manière d'ouvrir l'immensité de la banalité et de la désolation.

© Chroniques de la luxiotte.
(10 octobre 1999 ; revu 15 décembre 2011)



Liens :
    Lire la chronique sur Austerlitz
    Lire la chronique sur Vertiges
    Lire la chronique sur la disparition de W.G.Sebald