Michel Bulteau serein

Sérénité moyenne, Michel Bulteau, L'arbalète / Gallimard.

par Alain Jean-André

On se souvient de Michel Bulteau dans le « manifeste électrique » et de ses premiers poèmes. Dans ce recueil, on découvre une poésie toute différente, une sérénité (justement), un apaisement. Le poète qui a parcouru le monde et connaît bien New York, nouvelle Babel, semble être passé à une autre vie.

Ce recueil rassemble des poèmes écrits de 1990 à 1996, après que l'auteur s'est répété pendant cinq années (1985-1989) qu'écrire un poème était désormais devenu impossible. Finalement, l'inspiration est revenue ; mais elle l'a conduit à une écritude très différente de celle des premières années 1970. Michel Bulteau propose dans ce recueil une espèce de journal de voyage : Barcelone, Paris, Sana'a, l'Arabie, Aden, La Haye, New York, autant d'étapes où il prend des notes, donne des nouvelles d'une manière dépouiilée, évoque des instants furtifs. Poèmes légers, immédiatement compréhensibles, sans hermétisme : un dépouillement régénérateur, qui tourne le dos à la période du « manifeste électrique ».

Pieds nus sur le gravier
Je regarde la fenêtre
(Elle s'est couchée sans faire de bruit)
Mes jambes tremblent
Le matin est encore loin.

Tu as peur des tableaux
Tu as peur de l'orage
Tu as peur de l'âme humaine
Pendue au garde-fou du pont.
(...)

C'est la fraîcheur du monde que nous présente Michel Bulteau, dans différents lieux de la planète et des situations variées. Certains poèmes font écho à la musique de Verlaine. D'autres donnent l'image d'un instant ou d'une journée dans une maison ou un café. D'autres enfin évoquent une lente dérive. Tout s'inscrit dans la « sérénité moyenne » (une expression venue de Van Gogh), un calme qui donne le titre du recueil.

Alain Jean-André © Choniques de La Luxiotte, 29 juin 2000 / 1 déc.2016.