Charité

Charité, Frédéric-Yves Jeannet, Flammarion.

lecture d'Alain Jean-André

Il y a trois ans Frédéric-Yves Jeannet publiait Cyclone : un événement (inaperçu). Cet automne, son nouveau livre Charité tranche avec la production romanesque de cette fin de siècle. Ouvrage « résolument moderne » par sa composition, il évoque encore le père, mais surtout la mère, avec des plongées vertigineuses dans le passé.

D'abord, c'est le livre d'une grand errance, d'un nomadisme dans le village planétaire. Surtout des villes emblématiques : Paris, Londres, New York, Mexico, San Francisco, Barcelone, etc. Des paysages nouveaux que le narrateur ( l'auteur?) découvre. Mais une errance qui montre une fuite et une quête. Fuite de la ville noire "détestée"( en France), pour échapper à l'étouffement, à seize ans. Puis lutte pour vivre à Londres, à Genève. Enfin installation au Mexique avant de se retrouver à New York.

Mais le passé résiste. La distance n'efface rien. C'est le retour vers l'origine, le père disparu, le conflit avec Jocaste, la mère qui se résout dans l'écriture de ce livre. Car Frédéric-Yves Jeannet mêle vie et écriture, écriture et vie. Il montre sa difficulté de venir à bout de « ce livre impossible sur (sa) mère ». Il expose sa souffrance, ses dépressions, ses inhibitions. Il parvient tout de même à regrouper, fondre des notes, des bribes de récits, des scènes imaginaires pour atteindre un rythme, un souffle peu commun.

© Chroniques de la luxiotte
(Mis en ligne le 9 octobre 2000)