Jules Mougin en direct

Jules Mougin, revue Travers n° 53.

par Alain Jean-André

Le numéro 53 de la revue Travers se présente comme une boîte aux lettres peinte en bleu ciel (la couleur des anciennes postes françaises) : elle contient des lettres manuscrites de Jules Mougin (né le 10 mars 1912 à Marchiennes) adressées à Claude Billon, poète lorrain, lui aussi facteur, agrémentées de dessins, de notes, d'extraits d'agenda dans une mise en page de Philippe Marchal.

Lire Jules Mougin, c'est rencontrer une parole brute, directe, qui charrie des images et des mots avec une grande vigueur. Il déclare tout net : « Je veux un texte bref / incontournable / et qui emmerde. » Provocation, mais pour toucher, sortir du conformisme, s'insurger du pire scandale : la guerre. Pourtant, on peut entendre un autre ton : « Mon plaisir à moi / c'est d'écrire / comme ça /en parlant de la pluie / et du beau temps » Jules Mougin c'est aussi une voix multiple qu'on découvre ou redécouvre.

Le poète vient de loin. Proche des écrivains prolétariens et des artistes de l'Art brut comme Gaston Chaissac ou Jean Dubuffet avec lesquels il a échangé une riche correspondance, ami de Jean Giono et Louis Calaferte, Jules Mougin a publié une trentaine d’ouvrages, dont La Grande Halourde, Le Mal de Coeur et Poèmes, lettres et cartes postales (Robert Morel), rejetant l’idée d’une carrière littéraire.

Dans ces pages de la revue Travers, il fait de nouveau entendre sa parole. Ecoutons-le : « Je déraille, je ne sais rien et je vais chercher midi à quatorze heures, depuis 14 y en a eu des morts, donc, dis-je, je m'instruis, je voyage, oui, moi, le derrière sur la paille de ma chaise. »

© Chroniques de la luxiotte (11 mars 2000)


Revue Travers, Philippe Marchal, 10, rue des jardins, 70220 Fougerolles

Jules Mougin est décédé le 11 novembre 2010 à l’âge de 98 ans à Rognes (Bouches-du-Rhône)