La règle du jeu

La Règle du jeu, Michel Leiris : I. Biffures,; II. Fourbis,; III. Fibrilles, IV Frêle bruit, 4 volumes de L'Imaginaire/Gallimard ou un volume de La Pléiade.

par Alain Jean-André

Né le 20 avril 1901, Michel Leiris est mort le 30 septembre 1990. On peut dire que l'écrivain – il faudrait aussi écrire le poète – a traversé le XXe siècle, du temps où la France possédait un Empire colonial à la période de basculement des années 60, de l'époque où le Paris des arts et des lettres atteignit son apogée à des décennies plus confuses et complexes. Ethnographe, il a laissé une chronique très personnelle sur la mission Dakar-Djibouti (1931-1933), L'Afrique fantôme (1934) ; poète qui a côtoyé les surréalistes, on lui doit des recueils comme Haut mal ou Mots sans mémoire.

Biffures, Michel Leiris
Dans le cadre de l'exposition Leiris & Co, Picasso, Masson, Miro, Giacometti, Lam, Bacon, au Centre Pompidou-Metz, jusqu'au 14 septembre 2015, sont présentés quelques cahiers sur lesquels l'auteur a consigné les notes qui aboutiront aux volumes de La Règle du jeu.

Mais son œœuvre autobiographique commencée avec L'Age d'homme (1939) s'est poursuivie avec une série de quatre livres qui constitue l'un des sommets de la littérature française du XXe siècle.

Dans ce qu'il a appelé La règle du jeu, Michel Leiris a poursuivi pendant trente-six années (1940-1976) une quête autobiographique qui compte quatre volumes : Biffures (1948), Fourbis (1955), Fibrilles (1966) et Frêle bruit (1976), auxquels on peut ajouter Le ruban au cou d'Olympia (1981). Son but : formuler « un savoir-vivre » où le poétique et l'éthique se mêleraient de manière indissociable. Sa manière : brasser des expériences vécues, méditer sur la façon de les écrire, sans oublier d'évoquer les événements de son époque. Autrement dit, une entreprise à la fois tournée vers l'expérience intérieure et ouverte sur le monde, ce qui donne une saveur si particulière à un texte qui n'hésite pas à revenir sur le récit d'un événement personnel ou sur une réflexion, façon éminemment moderne qui n'insiste pas sur ce qui est achevé mais sur ce qui est en train de se passer, y compris dans la façon de l'écrire.

Cette manière le conduit à se poser une question essentielle : « Qui donc est JE ? » Il a cherché la réponse dans l'intensité de sa vie, dans la multiplicité de ses expériences, et dans ce qui présente « une forme telle que [ses expériences] puissent servir de base à une mythologie ». Au lecteur d'appréhender cette tentative, celle d'un homme dans son siècle, mais aussi celle d'un homme qui n'hésite pas à prendre une distance avec son époque pour être au plus près de lui-même, ou plutôt au plus près d'une façon personnelle de se dire et de dire. Du coup, ce texte, indiscutablement marqué par son siècle, dont certains passages nous montrent combien nous sommes passés à une autre époque, offre une inestimable somme. Elle atteste que la littérature ne se rencontre pas uniquement dans le roman, la fiction, mais peut se déployer dans le récit et la réflexion sur soi-même.

© Chroniques de la Luxiotte
(2001 ; revu le 3 juillet 2015)



Lire la chronique sur L'âge d'homme de Michel Leiris.
Lire la chronique sur Bacon ou la brutalité du fait.