Le langagement de J.P. Verheggen


Ridiculum vitae, précédé de Artaud Rimbur, Poésie/Gallimard.

On n'est pas sérieux quand on a 117 ans, l'arbalète/Gallimard.

par Alain Jean-André

On se souvient des recueils, Le Degré Zorro de l'écriture, Divan le Terrible, sous-titré : « Les aventures de Freud Astaire ». Des calembours destructeurs, des lapsus volontaires – une vraie guerre aux clichés et un humour décapant ! Le poète belge revient sur le devant de la scène littéraire avec deux livres, deux recueils qui permettent de le suivre sur une décennie d'écriture.

D'abord, en poche, la réédition de Ridiculum vitae précédé de Artaud Rimbur (recueils de 1990 et 1994). On y retrouve le ton, la langue propre à Verheggen, celle d'un Rabelais de notre temps ; on y lit en quoi consiste son langagement, qu'il se lance dans des logorrhées impertinentes (« Je crois en Jarry Lewis »), qu'il fasse l'éloge du voyage à travers les mots ou de savoureux portraits de l'artiste (en Hercouille de foire, en style nouille, en Don Jouant du Manche, etc).

Puis, un nouveau recueil, On n'est pas sérieux quand on a 117 ans. Clin d'oeil avec le titre, pour un livre qui présente encore des portraits – surtout celui de l'artiste en Vieilheggen ! Vieillesse, peut-être ; verdeur, sûrement – celui qui « fait merder la langue » poursuit sur sa lancée, avec une séries de « zuteries ». Dans « Portrait de l'artiste en enfant idiot », le passé flirte avec la langue de « la guerre des boutons » ; Pierre de Courbature, Eschyle Zavatta, Blase Pascal sont de la partie – sans oublier Tintin (on est belge ou on ne l'est pas).

Un livre revigorant, roboratif ! Un excellent cru pour le printemps des poètes.

© Chroniques de la luxiotte
(17 mars 2001)