Mécanique

Mécanique, François Bon, Verdier, 124 pages, 10,37 €

lecture d'Alain Jean-André

François n'atteint-il pas le meilleur lorsqu'il parle (même de manière indirecte) de lui-même ? Entendons-nous. Rien chez lui de l'étalage du « moi je », des confidences indiscrètes, des confessions impudiques. Il reste allusif, discret, voire secret ; pourtant il raconte, dans Mécanique, pas mal de choses sur lui, son père, sa mère, sa famille, l'époque de son enfance. Et l'on retrouve dans ce récit un ton que l'on a déjà rencontré dans L'Enterrement.

Cette fois encore, la mort est le point de départ. La mort du père, qui rassemble les frères, la famille. Et, par bribes, par éclats, François Bon brosse quelques tableaux de son passé : sa méthode est celle d'un peintre moderne, des descriptions donc, à partir de photos ou de visites des lieux de l'enfance, ce qui réactive la mémoire. Une époque émerge, celle des DS, des ID, des Ami 6, des 2 CV, car le père fut garagiste, concessionnaire Citroën, en un temps où la mécanique tenait encore une grande place.

Un retour sur l'enfance donc, jusqu'aux classes de lycée où se met en place un « malentendu ». Mais Mécanique est aussi une sorte d'hymne (discret) à l'automobile, vecteur d'un rêve qui n'a pas péri : « Et c'est aujourd'hui encore un besoin régulier pour lequel toujours on trouve prétexte, s'embarquer pour Lyon ou Brest plutôt en voiture qu'en train et c'est toujours au creux de la nuit que tu pars, aimant ces haltes de somnambules dans les boutiques éclairées jaune, près d'une pompe à essence où on sert un mauvais café ». Image à la Hopper de François Bon « on the road », sur les routes de son enfance et sur celles de sa vie. Pas moins.

© Chroniques de la luxiotte
(Mis en ligne le 16 septembre 2001)


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