La femme au chat

La femme au chat, Muriel Cerf, Actes Sud, 140 pages, 13,6€

lecture d'Alain Jean-André

La femme au chat, Cora Baster (aussi « femme de lettres ») parle de sa chatte, Pupe, une persane qui chasse, rôde, rêve, sort des griffes, s'installe, s'endort. Mais il y a aussi le chiot de Williams, Precious Malcom, un yorkshire-terrier acheté dans un élevage de renom. Elle s'occupe, elle, « quasi exclusivement de la chatte » ; son mari, lui, est « inséparable », « indissociable » de son chiot. Pas étonnant, donc, que ces deux-là se regardent « parfois en chiens de faïence ».

Car la femme au chat « ne parle ni aux oiseaux ni aux chiens ». On l'aura compris, elle est « du côté des chats », et elle raconte tout à Pupe, sa confidente : « la gaieté de ses treize ans hautains, leur séduction méchante », « jadis, entre Istanbul et Téhéran, l'opium », « le souvenir des plages de l'Adriatique et du vent de la nuit dans les palmeraies ». Williams, le mari chômeur, bricoleur, boulimique, fait bientôt les frais des soliloques de son épouse : il devient homme-enfant, garçonnet trop tendre, il perd tout attrait. Difficile d'échapper aux griffes acérées de Cora Baster, femme de lettres.

Elle fait clairement allusion à la guerre des sexes : « cet adversaire qu'est l'homme » (on devine la suite) ; elle donne un coup de griffe à « toutes ces petites filles qui passent à la télévision parce qu'elles ont écrit (sur le sexe) ». Surtout, l'auteur fait chatoyer, avec cette femme au chat, l'écriture. On est loin, dans ce livre ouvert comme la vie, des phrases minimales, asthmatiques : ici, le mouvement des mots fait remonter à la surface une foule de choses ; il écarte le roman du prosaïsme le plus plat, des banalités recuites. Ce petit livre, d'une ampleur peu commune, est une petite merveille.

© Chroniques de la luxiotte
(Mis en ligne le 26 août 2001)


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