W.G.Sebald,
un grand écrivain européen

par Alain Jean-André

Comme Albert Camus, W.G. Sebald est mort des suites d'un accident de voiture, le 14 décembre 2001. Ecrivain de langue allemande, il s'était définitivement installé en Angleterre en 1970 : il enseignait à l'Université d'East Anglia à Norwich, dans le sud-est de l'Angleterre. Son livre Les Emigrants (1992) lui a valu un succès considérable en Allemagne, et dans les pays anglo-saxons. Il avait publié deux ans plus tôt Vertiges (1990). En France ces livres ont été publiés un peu plus tard, à savoir : Les Anneaux de Saturne (1999), Austerlitz (2001), De la destruction comme élément de l'histoire naturelle (2004), Séjours à la campagne (2005), Campo Santo (2009), D'après nature, poème élémentaire (2007), chez Actes Sud. On les trouve aujourd'hui presque tous en livre de poche.

Les « proses narratives » de W.G.Sebald racontent une errance mélancolique à travers l'Europe et jusqu'en Amérique. Surtout, l'ombre de l'histoire européenne – précisément celle du nazisme et de la deuxième guerre mondiale – domine cette oeuvre. Elle apparaît vite aux détours d'un récit, ouvrant une sorte de trou noir, ou montre l'étendue de la destruction. Dans les libres de W.G.Sebald, le narrateur se confond souvent avec l'auteur ; l'écrivain utilise des éléments autobiographiques, compose une matière qui passe du réalisme à l'onirisme ; il décrit des lieux désertés qui ont été animés et brillants, fait revivre des êtres décédés qui ressemblent à des fantômes, reconstruit les images d'un monde ou d'une splendeur complètement disparue. Le plus souvent, la force de l'écriture qui restitue des silences, des rencontres intrigantes, s'associe à l'expression d'une dimension tragique, voire désespérée, de l'existence.

À sa manière, qui supposait un long travail de documentation et de préparation, W.G.Sebald a développé en quelques livres une nouvelle forme de récit. Il imbrique des narrations les unes dans les autres, mêle événements vécus, sensations, érudition, passe d'un siècle ou d'un continent à un autre avec une écriture d'une remarquable fluidité, qui s'ouvre par moment sur des fractures ; cette écriture chatoyante et musicale met toujours, à un moment ou un autre, en lumière un oubli, un vide. Ses pages sont accompagnées de reproductions photographiques qui amplifient des aspects descriptifs ou oniriques de ses récits. Un thème récurrent traverse son oeuvre : celui de la disparition, de l'effacement. Il savait combien la mémoire est fragile, combien il est nécessaire de la réactiver pour lutter contre l'amnésie contemporaine.

Aujourd'hui, on sait que W.G.Sebald n'est pas seulement un grand écrivain de langue allemande. Il ne voulait plus vivre en Allemagne, il n'aimait pas ses prénoms allemands et préférait être appelé Max, il écrivait un allemand décalé par rapport à sa forme contemporaine, mais il a placé son oeuvre au coeur de la réalité européenne, comme l'ont fait d'autres écrivains allemands du XXe siècle.

© Chroniques de la Luxiotte
(21 déc. 2001 ; revu 15 déc. 2011)



Liens :
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