La tête du poisson bouilli

La tête du poisson bouilli : signes, Michel Collet, La main courante, 12,20 €

lecture d'Alain Jean-André

Certains livres ouvrent en quelques pages un espace : on se demande si c'est à cause d'un récit qui s'esquisse : les notations font penser aux images d'un court métrage ; on écarte la question du genre de texte : journal-poème, est-il annoncé ; on passe d'un paragraphe (strophe ?) à l'autre, lisant des fragments qui charrient notes précises et phrases plus floues.

Il y a du voyage dans ce livre, une équipée sur un fleuve de la Chine (le Yang Tseu Kiang ?), la confrontation de connaissances livresques à l'abrupte réalité. C'est le côté journal du livre : notes brèves, saynètes fortes, moments d'inconfort, une rencontre singulière vécue avec intensité – tout cela semblable aux dessins d'un peintre chinois, avec la respiration du blanc tout autour. Des images donc, du réel, et la conscience du procédé : « – Bravo, pour les détails ! (le détaillant en réalités). » ; autrement dit de l'ironie.

Cette remarque le montre : il s'agit aussi d'écriture. Une écriture proche du poème, de la prose poétique la plus contemporaine, celle qui manifeste un retrait du moi (occidental ?). Elle conduit à un texte "bancal" qui suggère, sans insister, qui donne une saisissante présence au monde.  De plus, comment ne pas lire dans ces textes un salut à la poésie chinoise, simple et énigmatique à la fois ?

Comme on le voit, ce petit livre qui n'a l'air de rien va loin. Il nous montre combien le proche et le lointain peuvent se rencontrer, dans une parole à la fois réservée et chaleureuse : alors vie et écriture se rejoignent.

© Chroniques de la luxiotte.
(Mis en ligne le 8 mai 2002)


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